LE DROIT A L'EXISTENCE 201 les genres de misère à secourir. C'est à lui de centraliser toutes les demandes d'assistance et d"y répondre rapidement (système d'Elberfcld). VII. L'assistance officielle ne doit pas ignorer l'assistance privée ni l'assistance religieuse; elle ne doit pas tendre à les remplacer ou à les supprimer: elle doit travailler de concert avec elles. Le Bureau de bienfaisance doit donc compter naturellement dans son sein les hommes qui sont reconnus comme s'occupant d'assister les pauvres, notamment les ministres des diverses religions pratiquées dans l'État. VIII. L"assistance ne doit jamais être regardée comme un remcde aux maux de notre société, elle n'est qu'un palliatif qui ne doit pas nous suffire ni nous empêcher de chercher une meilleure et plus juste organisation de la société. La philanthropie ne doit point nous détourner de l'étude de la question sociale. Les charitistes catholiques ne transigent pas ainsi avec le principe même imparfait de l'assistance obligatoire. L'un d'eux vient de s'en expliquer dans un livre récent : • Le caraclcre des sociétés démocratiques, dit-il, est d'émanciper l'individu, de lui reconnaitre tous les droits, puis, cette première œune accomplie, de tendre à créer en face de lui un pouYoir démesuré qui réunit ces droits et en absorbe l'exercice. Le citoyen isolé, rapprochant sans cesse de la toute-puissance de l'État sa propre impuissance, comparant sa misërc au budget qui l'éblouit, prend l'habitude d'appeler en toute circonstance l'État à son aide. Ni les plus éloquents orateurs ni les plus habiles publicistes ne suffiront à !"empêcher de réclamer en tous ses maux !"intervention du législateur. En Yain les livres et les discours se multiplieront. Si raction efficace ne succcdc pas assez promptement à la parole, il est très probable que les voix de ceux qui réclament le socialisme deviendront une clameur universelle. Quand certains besoins se produisent, quand ils prennent un caractère de généralité, c'est en vain que la raison parle; ils emportent tous les obstacles d'un mouvement irrésistible. La sagesse consiste à les prérnir et à leur donner satisfaction. " De quelle façon ? Par la charité privée, qui, sous la plume de M. Georges Picot, devient naturellement une panacée sociale. Il faut, conclut-il, que la France entière marche dans cette voie (de la charité privée}, que des combinaisons nouvelles de l'esprit d"associati?n viennent en aide aux souffrances, et qu'à chaque projet dïntervcntion de l'Etat on oppose, non une critique froide, mais un projet bien étudié dïnitiatiYC privée. En face du socialisme, qui aboutirait dans un délai trcs court à la ruine financière et morale, il ne faut pas cesser de montrer l'action spontanée de lïndividu, comprenant son temps, sentant ses maux, souffrant de ses épreuYCS, s'associant pour centupler ses forces et n'hésitant pas - quels que soient ses travaux, la nature de ses études, ses préférences ou ses goûts - à sacrifier une part de son repos et de sa vie pour accomplir « le devoir social » (1). C'est, en d'autres termes, dire aux malheureux : « Vous jouissez du suffrage universel, vous pouvez quand vous le voudrez changer l'ordre de choses qui si cruellement pèse sur vous. Pourtant gardez- . (1) Georges P1co-r, le Socialisme et le deooir social.
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