La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

16 LA REVUE SOCIALISTE guerre, est la confirmation pure et simple, sous une forme naturellement plus réservée que la nôtre, de l'état de choses exposé dans la première partie de cc travail. Nos alarmes n'étaient donc pas aussi vaines que le prétendaient certains. Nous ne chargions pas de couleurs pessimistes le tableau de la situation alimentaire de Paris, quand nous disions qu'en cas de guerre, par suite des pratiques du commerce libre, le signal des hostilités serait le signal de la famine dans la capitale et dans les Yilles de près de vingt départements du nord et du nord-ouest. :.I. le ministre de la guerre dit, en effet, la même chose que nous, lorsqu'il reconnait « qu'il est indispensable, si on ne veut pas être pris au dépourvu en cas de complications internationales, de constituer à Paris un approvisionnement d'une certaine durée ». « Pris au dépourvu en cati de complications internationales, » cela signifie clairement : Paris affamé et le salut du pays compromis par la disette, éclatant au lendemain de la déclaration de guerre. :.lais que parlé-je de Paris affamé? Ce n'est pas seulement le c:i.mp retranché de Paris qu'une ouverture inopinée des hostilités jetterait dans les extrémités violentes de la faim: c'est encore la population d'un grand nombre de places fortes, dont la situation est à quelque chose près la même que celle de la population parisienne. Le ministre de la guerre nous le révèle, en elTet, dans son exposé de motifs, qu'on ne saurait lire avec trop de soin, et en s'efforçant surtout de pénétrer entre les lignes: « Les habitudes du commerce libre, nous dit-il, rendent indispensable la constitution d'un approvisionnement de quelque durée, non seulement à Paris, mais cncoresurd'autres points, que le projet ne désigne pas autrement. » .\.insi, loin que, dans l'expression de nos alarmes, nous ayons exagéré l'étendue du péril, nous avons, au contraire, faute d'éléments d'information suffisants, atténué sa gravité! Les conseillers municipaux de la capitale s'étaient surtout préoccupés des éventualités alimentaires qui pourraient surgir à la suite d'une déclaration de guerre isolant Paris du reste de la France. :,I. de Freycinet, muni <lerenseignements qui nous échappent, nous apprend qu'il nourrit, à l'égard d'autres points du territoire, les mêmes craintes que nous pour la métropole. De là le caractère général de son projet de loi, qui élargit subitement la question d'approvisionnement et accroît d'autant l'importance économique de la solution à intervenir. Dans notre premier article, nous envisagions surtout l'approvisionnement de Paris, à constituer par les soins de sa municipalité, pour une durée de trois mois au moins, de quatre au plus; et dans notre pensée, la constitution des réserves à créer de ce chef, tant

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