LE DROIT A L'EXISTENCE ms Si de telles choses se passent dans la puissante Angleterre, la plus riche nation du globe et le pays où l'assistance communale (alimentée par une abondante taxe des pauures) et la charité privée sont le mieux pourvues et le mieux ordonnées, qu'aurions-nous à relever si nous pouvions, à cette place, donne,· même une idée sommaire de la désolation qui se cache sous le vernis menteur de toutes les nations dites civilisées, dans les profondeurs dolentes des deux mondes? C'est que l'exploitation capitaliste est une rude faiseuse de misère. En vertu de la loi des salaires, tant que la machine fonctionnera au profit exclusif de quelques parasites et chassera de l'atelier les malheureux ouvriers ainsi réduits à mourir de faim ou à s'offrir à n'importe quelles conditions, les salail'es baisseront en raison même de l'augmentation des profits, et le mal de misère s'étendra, comme une lèpre, sur le corps social. VI DE LA CIIARITt: PR!Vt:E L'impuissance de l'assistance officielle (telle qu'elle fonctionne actuellement) à faire reculer le flot de misère qui monte sans cesse étant démontrée, devons-nous croire avec les charitistes modernes que ce que n'a pu faire la bienfaisance publique, la bienfaisance privée le fera, qu'il surfit pour cela de lui laisser le champ libre, toutes choses restant en place dans ce triste monde d'iniquité et d'exploitation de l'homme par l'homme? Il n'est pas permis d'avoir là-dessus la moindre hésitation, et il est même étrange que devant tant de douleurs et tant de dénuements que soulignent funèbrement, chaque jour, outre les suicidés par misère, tant de victimes de la faim, du froid et des privations de tout genre, la question ait pu être posée. Au surplus, quand bien même la bienfaisance privée pourrait Ga::ette de l'Allema9ne du Nord publiait récemment, et toute la presse européenne a reproduit, que dès que l"hiver s·est faii sentir à Berlin, une multitude de sans-pain et de sans-logis se sont mis à commettre ostensiblement de petits vols pour avoir pendant quelque temps le vivre et le couvert des prisons berlinoises, qui, de ce fait, reçurent 5,000 pensionnaires. En Italie nous avons pour illustrer tristement l'accroissement de la misère, le dénuement complet de myriades de familles, la désolation de provinces entières, les manifestations mena~antcs et le développement effrayant de la pella9ra, cette horrible el mortelle maladie de l'extrême misère dans la Haute-Italie. Voici la progression: en 1839, on comptait dans les provinces de Milan, Pavie, Sondrio, Bergame et Crémone, 20,282 pellagreux; en 1856, 38,777; en 1879, 97,855! 13
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