LE DROIT .\ L'EXISTENCE 181 nombreuse de ceux qui n'ont rien appelle de tous les droits de rhommc le regard de la loi. Jusqu'ici, cette assistance a (;té regardée comme un bienfait; elle n'est qu·un devoir, mais cc deYoir ne peut ~Ire rempli que lorsr1ue les secours accordés par les soci(;tés sont dirigés vers l'utilité générale: on a toujours pensé à faire la charité aux pauvres, cl jamais à faire ,·aloir les droits de l'homme pauvre sur la sol'iété et ceux de la société sur lui; rnilii le grand devoir qu'il appartient à la Conbtitution française de remplir, puisc1uc aucune n·a autant qu'elle reconnu les Droits de l'homme (1). En conformité à ces principes, on organisa les chantiers bien insuffisants de la butte 1Iontmartrc (2), et on offrit aux mendiants valides de travailler au canal de Bourgogne et au dessèchement des marais. L'Assemblée législative se prononça à nouveau pour le drwt social à la subsistance. La Convention déclara qu'il était important d'effacer le nom de pauvre des annales de la République. A la séance fameuse du 1D mars 1ï93, Barère prononça le mémo,- rable discours, tant de fois cité : (1) L.,noc11EFOUCAULl)-LJ.,:<COUttT: loc. c-it. (2) Dans ,a Ires fouillée et très in!ércssanto llistoire anecdotique de la Récolution jran('rti.sc, Jean Bernard fait de cette premicre tcntatini une pdnture peu flatteuse: • En attendant on ouvrit des chantiers il. :\lontmarlre po\.11o•ccuper les nécessiteux cl leur faire raumline de quelque~ sols qui dcrnicnt les empècher de manquer du strict néccb,aire. On los ,·oyait partir le malin des champs qui se trouvaient à l'cndroil où s'él,•nd maintenant la rue du Faul>ourg- :\lontmartre et monter ,·ers la colline, pùlc~, hàrns, déguenillés, défaib, tremblant sur leurs jambes mal assurées .... La dérision d'un travail inutile, par cela même humiliant, l'insufll,an<'c ùu salaire amencrcnt des récriminations; la municipalité bourgeoise plus ,oucieuse d'ordre que de justice, plaça des canons ù. la IJarl'ièrc :\Iontmartl'c pour tcrdlicr la misère, et comme on n'était pas sûr de la Garde nationale, on acheta à beaux deniers comptant le régiment des Gardes-françaises qui jouissait d'une popularité méritée et qu'on espérait tourner au besoin contre le proléta,-iat au dhespoir. Tout cela se pa,sait en août 17~9, un mois après la prise de la Bastille par ce peuple que décimait la faim et qu'après l'octroi d'une insufflsante aumône, on tenait déjà sous les canons du naissant ordre bourgeois. On était loin dans la pratique des principes humanitaires proclamés par :\Ialouct el La Rochefoucauld-Liancourt. L'.\ssemblée ne sortit pas de cette politique d'c:<pédicnts. En déccmbt·c 1790, clic mie un crédit de 15 millions pour être mis ii la disposition des 83 départements, à l'effet de donner du travail aux nécessiteux. C'était dérisoire. li fallut recourir aux mêmes moyens en juillet 1791 peu arnnt les massacres du Champ de :\Jars. A Paris seulement, plus de 30,000 ouniers sans tra,·ail; " on ouvrit, dit Jean Bernard, des chantiers tels que: une gare à b:Ucaux à Charenton, un canal à Passy, la démolition de la barricre de la Rapée, celle de la porte Saint-Bernard et de la geôle y attenant; la réparation des quais.• La Convention étendit les ateliers de secours qui furent régis par le décret ùu 24 vendémiaire an II, portant, article 13 : Le prix du salaire des indigents employés aux traYaux de secours sera fixé aux trois quarts du prix moyen de la journée de travail déterminée par le canton.
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