La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE DROIT A L'EXISTENCE 17\l L'IIôpital général ne remédia guère à la misère. C'est l'année d'après sa fondation, en 1660, que saint Vincent de Paul, mourant, traça les effrayants tableaux des souffrances du peuple, en province età Paris: <( La misère est très grande aux environs de Paris, lit-on dans un des placards charitables du saint homme; à Villiers-le-Bel, les pauvres courent aux bêtes mortes qu'on jette à la voirie et se disputent avec les chiens, à qui en aura un morceau, ce qui les a fait presque tous malades. » Louis XIV se piquant au jeu, rendit l'édit de 166l, qui condamne aux galères les mendiants valides arrêtés trois fois. Ce qui n'empêche pas Lister, qui visita Paris en L66', d'écrire : « La multitude des paunes et des misérables est telle qu'en voiture, à pied, dans une boutique vous ne pouvez venir à bout de rien, grâce au nombre et à l'importunité des mendiants. » Qui ne se rappelle à cette occasion les pages navrantes où le bon et grand Vauban établit que le quart des habitants de la France est réduit à la mendicité! Sous Louis XV, on procède par déportations en masse aux beaux jours du système de Law. ::\Ialgré tout, le flot de misère grossi par d'autres causes continue à tout envahir. « En 1723, dit encore 1\1. Robiquet, les hospices parisiens sont tellement encombrés qu'on réduit les mendiants internés au pain et à l'eau. La nuit, on les entasse sur de la paille. Les pauvres de la banlieue qui osent pénétrer dans Paris sont marqués au fer rouge par ordre du duc de Bourbon. Détresse générale, à chaque instant des famines. En 171.0,révolte des gens de Bicêtre, à qui on ne donne plus qu'une demi-livre de mauvais pain par jour. Ils se répandent dans Paris et livrent bataille à la maréchaussée, et les mendiants pullulent toujours. « On ne saurait, écrivait d'Argenson, s'arrêter à une porte sans que dix gueux ne viennent vous relancer de leurs clameurs: » En 175l, deux mille femmes crient au dauphin et à la dauphine qui se rendent à Xotre-Dame : « Donnez-nou,; <lu pain ou nous mourrons de faim. ,, En un mois, huit cents personnes périssent de misére au faubourg Saint-Antoine. Des émeutes continuelles suivent les razzias humaines qu'opère la police, sans ,;uite, saus méthode. Des fils d'honnètes artisans étaient parfois enlerés avec les autres. De là cette absurde légende des bains <le sang de Louis XV. Le gouvernement oscille entre l'excès <le cruauté et l'excès de tolérance. Tantôt il laisse pulluler les mendiants, tantôt il les déporte, comme a fait Law, ou les enrnie aux galères pour toute leur vie.. \ueune me d'humanité; nulle prévoyance sociale (1). (1) Paul ROBIQUET: loc. cit.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==