La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

lï2 LA REVUE SOCIALISTE ii ]a Yérité qu'après avoir exploré toutes les voies de l'erreur, il semble aussi n'aller à la justice qu'après avoir épuisé toutes les formes de l'iniquité sociale. On en sera convaincu, en jetant un coup d'œil rapide sur l'assistance dans le passé; mais l'on verra en même temps que, s'il n'a pas été appliqué, le droit à l'assistance a été plus ou moins reconnu dans les démocrntics antiques. Toutes les constitutions modernes d'origine révolutionnail'e le proclament également. Chez quelques peuples, on tente même de passer à l'application; sans grand succès, devons-nous ajouter, car on suit les vieux errements de l'humiliante et dégradante charité. Toutes choses égales, si l'on veut véritablement refouler le paupérisme, cette plaie honteuse et douloureuse des sociétés modernes, il faut changer de voie et remplacer l'arbitraire charité privée, l'insuffisante bienfaisance publique par l'assurance générale contre tous les risques de ruine et de misère. Ce que nous essayerons de démontrer. Tout d'abord une rapide excursion historique. I LE DROIT A L'ASSIST.\NCE DAI\S L'ANTIQUITÉ Le droit à l'assistance était, avons-nous remarqué, reconnu par certaines constitutions démocratiques de l'antiquité. « L'Etat doit la subsistance à tous ses membres, » disait Aristote. Il est vrai que par membre de la société on n'entendait alors que les citoyens libres, soit pour toute l' IIellénie, par exemple, quatre millions d'hommes libres contre plus de vingt millions d'esclaves, réduits à l'état de hêtcs de somme. Mais, cette réserve faite, il faut convenir que l'organisation égalitaire d~s Cités antiques est, sur plus d'un point, supérieure ù certains Etats modernes. << Non seulement, dans la rc'•publiquc athénienne, on prenait soin d'élever les enfants des guerriers morts pour la patrie, non seulement des secours étaient distribués à ceux que leurs infirmités rendaient incapables de travailler, mais tous les citoyens recevaient le triobole, en dédommagement du temps qu'ils passaient à l'Ecclesia. Et lorsque Périclès eut établi les dykastcries si niaisement plaisantées par le réactionnaire Al'istophane, les trois oboles données aux citoyens appelés à siéger en si grand nombre furent une de ces mesures sociales excellentes, de nature à prévenir de la façon la plus efficace le développem'ent du paupérisme. Cela est si vrai que

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==