LA CRISE HI~\"OLUTIO:\"N.,IR!i: E:\' RUSSIE XXXVI CÉLÉBRATION D.\XS LA )IAISOX DE Dl~TJ:::NTIOli PRÉVEXTl\"I, nu CEXTE:'\Allll\ DL" 1L JUILLET Au cours de l'été de 1876, se trournicnt, clans la maison <le.détention préventive, plus de trois cents détenus politiques qui décitlèl'ent ' de célébrer le centenaire <lu lt juillet, anniversaire de l'étahli<;scment de la République américaine. Dès la première semaine de juin, ils commencèrent lcurq préparatifs, et pl'ièrent ceux de leu1·s parents qui venaient les voir tic leur apporter autant de mouchoirs bleus et rouges, de foulards, de chemises, de caleçons de flanelle rouges qu'ils le pourraient sans é\·eiller les soup:;ons. En même temps, les détenus qui avaient obtenu la faveur Je possédcl' un éclairage mobile, se mirent à collectionner les bouts de chanclcllcs. On découpa les objets de couleur, on di\·isa les chandelles en morceaux d'un pouce de long, et le tout fut distribué au moyen des conduits dans toute la prison. Quelques femmes, qui avaient obtenu la permission de coudre dans leurs cellules, parvinrent à fabriquer de grossiers drapeaux américains. Et, dès avant le 1erjuillet, presque tous les détenus politiques possédaient, soit un drapeau, soit des banderolles rouges, blanches et bleues et un ou cieux pouces de chandelle. Le jour se lève de très bonne heure, en été, à la latitude de Pétersbourg. Et, le matin du 11· juillet 1876, quel<1uesminutes avant <rue le premier coup de canon de minuit annonçât à Philadelphie la première heure de la grande fète nationale, des centaines <le drapeaux américains et de banderollcs rouges, blanches et bleues flottaient aux fenêtres grillées des condamnés politiques de la grande prison de Saint-Pétersbourg, tandis que les membres des divers clubs poussaient à mi-voix des « hurral1s » enthousiastes, chantaient de chansons patriotiques et échangeaient des compliments de cellule à cellules. Cette fête, à vrai dire, fut vite interrompue. Les gardiens de la prison, bien qu'ils n'eussent jamais entendu parler de cette commémoration de l'Indépendance américaine, et ne comprisscn t pas le sens exact de cette démonstration extraordinaire, enlevèrent immédiatement les drapeaux ainsi que les banderolles tricolores. :\lais quelques prisonniers avaient prudemment gardé des réserves. Et, toute !ajournée, à <lecertains intervalles, des loques rouges, blanches et bleues furent furtivement suspendues aux fenêtres ou enrnulécs autour des barreaux. Très tard dans la soirée, à une heure que l'on avait eu le soin <le fixer d'avance, les prisonniers politiques allumèrent leurs bouts de chandelles, et les placèrent sur leur fenêtre.
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