!SS LA REVUE SOCIALISTE par con~équent, pour entrer en conversation avec les occupan_ts de douze cellules, de vider le réservoir d'eau. Les détenus ne tardcrent pas à s'en apercevoir. Et les autorités ne purent, à cause ~c 1:encombrcmcnt de la prison, empêcher cc genre de commumcat10n. Di·s avant 187G,on n'essayait même plus de s'y opposer, et les prisonniers politiques avaient constitué ce qu'ils appelaient leurs " water-closets clubs » ou leurs «tuyaux-clubs», dans le but d'établir entre eux des relations sociales à peu près continues, et de s'encourager mutuellement. Chaque club comprenait dix ou douze membres, et avait à la fois son nom particulier et son règlement. 11 m'est arrivé souv('J)t, en Sibérie, quand je demandais à un exilé s'il avait connu telle ou telle personne, qu'il me répondit : « Mais oui, je ne l'ai jamais nie, et cependant je la connais très bien, ca1· elle était membre de mon « tuyaux-club » fi la maison de détention pré,·cnti ve. Les détenus instruits donnaient, à travers les conduits, des leçons aux illettrés, ou apprenaient à d'autres les langues étrangè1·es qu'il:; savaient. Parfois aussi on lisait les journaux de la même façon. Bref, ces conduits recevaient exactement le même usage que les tubes téléphoniques ou pneumatic1ues dans les grandes villes. ,\1110 J\lcdvedieva, qui devint plus tard la femme de l'auteur russe Nachtel, lut ainsi aux membres de son « tuyau-club » tout le roman de TourguéneIT: les Terres Vierges. Les prisonniers politiques, toutefois, ne se contentaient point de communiquer oralement par ces conduits; ils s'en servaient au,;si pour faire passer des objets d'une cellule à l'autre, d::i.nsles limites de leur club. Ainsi, par exemple, à l'un des étages supérieurs, un détenu déchirait une partie de son di-ap de lit et tressait ::wec les Jils une longue corde, à. laquelle il attachait solidement un objet quelconque, puis il faisait glisser le paquet jusqu'à l'embranchement du tuyau perpendiculaire. Une fois là il n'avait plus qu'à lai~scr glisser la corde. Le prisonnier qui se trouvait clans la cellule du dessous ne pouvait aller prendre l'objet dans le tuyau principal, mais il avait eu le soin de préparer une corde ioule semblable, avec un poids quelconque au bout, qu'il avait fait glisser également. li ne leur restait ensuite qu'à faire jouer leurs cordes du haut en bas, jusqu'àcequ'cllcs s':iccrochent. A peu près de la même façon, en balançant aux fenêtres des cordes auxquelles ils avaient attaché un poids, ils se faisaient passer des objets qui allaient, parfois, d'une extrémité <lela prison à l'autre.
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