LA CRISE RÉVOLUTIOKNAIRE Ei'\ RCSSIE 1Gï On voit qu'il y a une grande difTérence enfre ce régime et ceiui de la forteresse. « Lorsqu'on me transféra du bastion de Troubetzkoï à la maison de détention préYentive, me dit, en Sibérie, le docteur Sokolof, j'éprouvai l'impression qne je quittais un sépulcre et que j'allais dans une Yille d'eaux. Le bruit des pas, le ron-ron de l'appareil de ventilation, la clarté des cellules, si on les compare à celles de Pierre el Paul, les colombes que je voyais voler près des fenètres, et le faible écho des voitures dans les rues voisines, qui me faisait songer au monde extérieur, tout enfin contribuait à m'inspirer une joie fort inaccoutumée. Dans le monastère (1), je ne Yoyais jamais d'autre figure humaine que celle du garde, et je n'entendais aucun bruit, si ce n'est parfois l'appel discret d'un prisonnier dans une cellule adjacente. A la maison de détention préventive, au contraire, j'entendais toute espèce de bruits et je fus bientôt en relations avec tout le monde. Je m'y trouvais à peine depuis vingtquatre heures, qu'un détenu qui se trouvait dans une cellule au-dessous de la mienne me dit, à !"aide d'un tuyau de vapeur qui passait à côté de ma porte : « Videz l'eau de votre bassin. » J'allai Yoir à ma cuvette et je la trouvai vide. Quelques minutes après, il me répéta ce conseil sous une forme un peu difTérente. • Yidez l'eau du bassin de votre water-closet. )> Je compris immédiatement la signification de ces mots. Un prisonnier Youlait me parler à ti-avers le tuyau qui mettait en communication les cabinets de sa cellule et de la mienne. Dès que cette besogn~ fut accomplie, non sans peine, j'entendis le bruit d'une voix humaine monter à mon oreille par cc conduit, et je pus causer librement aYcc les occupants de onze cellules. La plupàrt d'entre eux étaient des détenus politiques. XXXV WATER··CLOSETS CLUBS. Que le lecteur imagine six Y majuscules placés l'un au-dessous de l'autre de façon que la tige de l'un repose sur la fourche de celui qui est au-dessous, il aura une idée approximative de la façon dont sont arrangés les conduits des cabinets de la maison de détention préventive. Les branches de l'Y se terminent à chaque étage, dans le bassin des water-closets de deux cellules adjacentes, tandis que la tige fait partie du grand tuyau perpendiculaire qui va jusqu'.au sous-sol, après avoir relié entre elles douze cellules. Il suffit, (1) Les prisonniers ont donné à la forteresse Pierre et Paul le surnom do • monastère ».
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