LA RE\'UE SOCIALISTE "'ération sans partialité. Je qomprends même très bien cette défiance; 1~iaisje dois dire, en faveur des prisonniers dont j'ai fait la connaissance en Sibérie, qu'ils avaient plus de répugnance que de plaisir à parler de cette terrible période de leur vie. Quand ils c?nsentaient, sur mes instances, iJ. évoquer leurs sombres souvenirs, c'était sou\·ent au prix d'explosions de désespoir telles, que j'en sou/Trais presque autant qu'eux. Un écrivain russe, dont le nom est connu mC-medans l'Europe occidentale, et qui est présentement exilé en Sibérie, voulut, une nuit, me raconter la mort, dans la forteresse, d'un de ses camarades, un offlcier pour lequel il éprouvait une amitié profonde. Mais avant (1u'il eût terminé cc récit navrant, je sentis que mes yeux s'emplissaient de pleurs, tandis <rue lui-même arpentait sa chambre, les poings seri-és, dans un suprême effort pour contf'nir son émotion ,et ne pas éclater en sanglots. Cc chagrin sans larmes, d'un homme fort contre la douleur, me fut tout particulièrement pénible. li put cependant achever son récit; mais, <le toute la nuir, il ne voulut plus me parler de b forteresse. Quiconque l'aurait entendu n'aurait, certes, pu croire à aucune exagération <le sa part. On ne parvient pas à ètrc si profondément ému par le souvenir simulé d'une souffrance imaginaire. Si S. M. I. le Tsar, aux yeux duquel, je l'espère, parviendront ces pages, YCutbien faire appeler l'officier c1ui était iJ. la tête de la prison centrale de KharkoIT, en 1880, ainsi que le commandant et le médecin de la forteresse de Pierre et Paul, en 188:J, et interroger ces officiers, ou même leurs subordonnés, s'il le juge nécessaire, relativement à l'état physique et moral des forçats politiques que l'on expédia en Sibérie, dans les années que j'ai dites, il apprendra, à tout le moins, une des raisons qui font que, lorsqu'il va de SaintPétersbourg à Moscou, il faut que vingt mille soldats surveillent le chemin qu'il doit suivre. XXXIV L.\ )IAISON Dl:: Dl~TEXTION PRÉVENTl\"E. Une des prisons les plus curieuses de la Russie d'Europe, la seule que l'on m'ait permis de visiter, parmi celles qui renfe1·ment <les détenus politiques, est la maison de détention préventive <le !::iai_n~-Péter~bourg.A proprement parler, ce n'est pas une prison politique, puisque la plupart des prisonniers sont des criminels <le ~lroiLcommun. i\"éanmoins, à <lecertains moments, elle a renfermé Jusques à trois cents détenus, qui attendaient soit l'heure de leur procès, soit l'heure de leur <lépart pour la Sibé1·ie. A quelques ...
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