LA CnISE RÉVOLUTIONKAIHE EN RUSSIE Hl3 l'on devine, se présenta à la prison de ~Itscnsk et réclama son lîls, le directeur, qui était un homme compatissant et bon, essaya de la dissuader de ce projet, en lui disant que son fils était ,-ur le point de partir pour la , ïbéric, qu'il n'en reviendrait jamais; que, dès ce moment, elle devait le considérer comme mort pour elle; <[U'ilétait, en outre, très affaibli par sa détention, et qu'il serait meillcu1·, plus consolant pour elle de se le rappeler comme il était dan-,· son enfance, ou quand elle l'avait vu pour la dernière l'ois, que d'exiger une entre,·uc dont l'unique 1·ésullat serait d'accroître se,, chagrins, et d'en renouveler la tel'l'iblc amertume. Mais la pauvre fcmn~c ne voulut pas se rendre à ces raisons. On lui avait accordé la faveur <le voir son fils, elle voulait le Yoir. Le directeur essaya alors. de la prépal'er à cette douloureuse entrevue, et finit par lui dire <1u'ilavait souITcrt physiquement et moralement au peint qu'elle ne le recon naitrait pas. Elle se refusa, néanmoins, à croire <[u'elle pourrait ne pas reconnaitre .son fils. On la conduisit alors dans le parloir de la prison où Plotnikoff se trournit déjà, et lisait une Bihlc <1u'on lui avait prêtée. Elle eut, en le regardant, une seconde de ;;tupéraction, presque d'horreur. Rien ne lui rappelait le fils qui l'avait <1uiitée huit ans auparavant, dans cet homme grotesquement vêtu, au vi&age jaune, à la tête à demi rasée, a,·ec cette grossière chemise grise et cette robe de femme faite avec des haillons! ('cpendant l'instinct maternel lui dit que c'était bien là son fils; et, aYec un cri de joie et d'horreur, elle se précipita vc1·slui pour le prendre dans ses bras. Le fou, effrayé, essaya de fuir. Tandis qu'il luttait pour échapper à cette étreinte, elle le regarda profondément dans les yeux; et la vérité lui apparut enfin~ C'était bien là le corps de son fil~, mais l'intelligence s'en était envolée. Ses nerfs ne purent supporter cette épouvantable révélation. Elle tomba, évanouie, sur le par<p1et. On dut l'emporter. Quelque temps après, on envoya Plotnikoff à la maison <lefous de Kasan, où il mourut peu après. Je tiens le récit de ces faits, en partie des forçat· qui se tl'ouvaient en même temps que Plotnikoff dans la prison de Khal'lrnIT,et en partie d'exilés, qui se tl'ouvaient à ~Itscnsk <1uand il y arriva, et quand sa mère vint l'y voir. Tous ceux qui m'ont fourni ces détails se trouvent encore en Sibérie; la plupart sont au Trans-Baïkal. XXXIII LES RÉCITS DES EXILÉS SONT-ILS EXAGÉRÉS? Le lecteur peut croire que les histoires qui m'ont été racontées pat· les exilés sont probablement exagérées; que, d'ailleurs, ils ont traversé des épreuves trop cruelles pour en faire le récit sans cxa-
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