La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

162 LA REVUE SOCIALISTE XXXII LA FOLIE DE PLOTXl!iOfF La folie de Plotnikofl', qui sortait également de la prison centrale de Kharkofl' était plus douloureuse encore que celle de Donetski. Il suivait les c~urs de l'Univcr~ité de :'.11oscouquand on l'arrêta. C'était un tranquille et modeste jeune homme d'une vingtaine d'années, très séduisant en même temps que très loyal, très sérieux, très méditatif. Excessivement instruit, il parlait <1uatrc ou cinq langues, entre autres le français, l'anglais et l'allemand. 11n'avait pris aucune part active au mouvement révolutionnaire, mais appartenait à un cercle de jeunes gens de :'.lloscou,app<'lé Dolgushintsi, du nom de son fondateur. _\rrêté, jugé, et condamné à la servitude pénale, il disparut à jamais du nombre des vivants. « Quand il arriva à :'.lltsrnsk, me raconta un de ses amis, il était déjà fou. Il venait de passer huit ans au régime cellulaire. A quelle époque la folie l'avait-elle pris? Je ne sais, mais elle était évidemment incurable. Ses deux principaux caractères ëtaient une vague rcligio.~ité et une mélancolie profonde. li savait qu'il était un condamné politique; et comme c'était pour lui une :;ource de désespoirs et d'humiliations, il n'aimait pas qu'on l'en fit souvenir. Les chaines qu'il portait lui étaient tout particulièrrmcnt odieuses, il essayait de tous les moyens pos:;ibles pour les dissimuler. La prrmière fois que je le vis, il avait soigneusement cm-eloppé de 0hi!Tons tous les • anneaux, pour empêcher leur tintemenL qui attirait sur lui l'atten tion de srs camarades. Un peu plus tard, il se mit à collectionner tous les morceaux d'étolie qu'il put trouver, et se confectionna avec une espèce <lerobe de femme qui le prenait à la ceinture et tombait jusques par terre, dissimulant ainsi les menottes qu'il avait aux mains et les fers qu'il avait aux pieds. Sur un côté <le la tête sa chevelure était très longue; elle était rasée sur l'autre. >> Pendant tout le temps que Plotnikoff resta dans « la section de servitude pénale ,> de la fortrresse, et dans la prison centrale de KharkofT, sa mère ne put ni le voir, ni recevoir de ses nouvelles. Mais dès qu'elle apprit qu'on le transférait dans la prison de Mtsensk et qu'on allait l'envoyer en Sibérie, elle supplia le ministre de l'intérieur de lui accorder la faveur de le voir une dernière fois. Si le ministre avait su que Plotnikoff était fou, il aurait probablement refusé; mais on ne peut exiger que les hauts fonctionnaires russes s~ rappellent les noms de tous les prisonniers politiques qui deviennent fous. Quand :.l'"• Plotniko!T, dans l'état de surexcitation nerveuse que

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