LA CRISE ru::vOLUTIO::-,'NAIRE EN RUS~IE 1/H l'affranchir du despotisme de ses parents et pour lui permettre d'aller faire ses études à Saint-Pétersbourg(!). li s'était séparé d'elle à la porte de l'église et ne l'avait jamais revue depuis. Mais quand il devint fou à la prison centrale de KharkoIT, il se prit à penser constamment à elle dan5 son délire. Il disait qu'elle viendrait le rejoindl'e, si les autorités ne l'en empêchaient pas. Étant en prison, il trou\'a le moyen de se procurer une prtite photographie de l'impératrice, faite quanrl elle n'était encore que princesse royale de D,rncmark .. \.près qu'il fut devenu fou, il s'imagina que c'était le portrait de sa femme fictive, et passa des heures à la contempler dans une ardente adoration. Dans la prison de :\Itsensk, où il occupait une grande cellule avec d'autres condam· nl\s politiques, il montrait à ces derniers cc portrait sale et usé de lïmpérafrice et disaita,·cc un orgueil enfantin:« Voilà ma femme. )l'est-ce pas qu'elle est bellc 9 » Puis il ajoutait d'une voix triste: « J'ai prié si souvent <1u'on l'envoie chercher, je sais qu'elle viendrait; mais (furieusement) ils ne veulent pas ..... ils ne veulent pas! » Peut-on imaginer rien de plus touchant et de plus pathétique, me disait X...., que ce prisonnier chargé de chaînes, les fer;; aux pieds, chérissant par-dessus tout au monde la photographie de Sa :\lajesté l'impératrice! de voir un révolutionn:1ire, devenu fou à la suite des mauvais traitements qu'il avait ,;ubis, ;,;'éprendre d'une passion folle pour la femme du tsar. (1) ..\ l'époque du grand réveil intellectuel et moral de la jeunesse russe, d'où sortit le mouvement propagandiste de 1870-7:i,il était fréquent que les jeunes hommes émancipassent les jeunes filles ùc la tyrannie patriarcale et de )'étroite Yic pro\'inciale, en contractant avec elles un m·,riage. fictif. La cérémonie n'était pas légalement ficti\'e; mais les époux ne vi,·aient point cnscml>le et n°aYaient même pas Je projet de mener jamais la vie èommune. Le jeune homme sacrifiait ,·olontaircmcnt l'espoir de se créer une famille, pour libérer une jeune fille du pouvoir despotir1ue de son père et lui donner la possibilité de se rendre utile au peuple et au pays. En Russie, de 1870 à 187:i, il se !'Ontracta des centaines de mariages de cc genre. Dans plusieurs cas, les jeunes gens n'avaient jamais vu, avant leur mariage, les jeunes filles qu'ils épousaient et n'avaient appris leur existence que pat· des amis communs. Il arri\'ait parfois, néanmoins, que ces maris fictifs de\'enaient amoureux de leur femme, soit en prison, soit en exil, des années après leur union non,inalc. Mais, la plupart du temps, ils se trouvaient à de grandes distances les uns des autres et se restaient étrangers. Le but de ces mariages fictifs était pur et nol>lc; mais la méthode qu'ils employaient pour l'atteindre était au suprême degré don quichottcsque et antipratique; aussi finirent-ils par l'abandonner. Au moment où Donetski, fou, se trouvait dans la prison centrale de Kharkoff, sa femme fictive fut arrètée pour crime politique, à :\loscou. G. K. li
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