LA CHISE HÉVOI.UTIO'.'INAIHE EN RUSSIE 159 train, sa rapidité, la verdure des champs, les visages et les Yoix d'amis qui semblaient ressuscités d'entre les morts causaient une excitation aiguë, bientôt suivie d'une lourde prostration. Dès le commencement de la soirée, un de mes camarades, sans que le moindre symptôme l'eùt fait prévoir, eut une crise d'hystérie, et, en moins de dix minutes, sept d'entre nous étaient en proie au délire ou gisaient, inconscients, sur le plancher. Les uns criaient, les autres étaient si profondément évanouis, qu'un instant nous les crûmes morts. Le médecin qui accompagnait le convoi leur donna quelques réconfortants et fit jeter de l'eau fraiche sur leurs visages blancs, presque spectrals, pour les rappeler à leur vie. Mais le vagon n'en fut pas moins toute la nuit empli de plaintes et de sanglots hystériques. Les femmes qui se trouvaient parmi nous, et plus particulièrement Anna Pavlovna Korba, qui était plus robuste et de plus de sang-froid qu'aucun de nous, allaient de l'un à l'autre apporter des secours. Quand nous arrivâmes à l\loscou il fallut que les gardiens emportassent dans leurs bras une bonne moitié des condamnés, et l'on décida que notre voyage serait di!Téré quelque temps. Le lecteur peut croire que cette description, qui me fut d'abord faite oralement par un des fo1·çatsdéportés, et que, sur ma demande, il écrivit ensuite, est sensationnelle et exagérée. Mais je répondrai à cela que les affreuses conditions de ce Yoyage m'ont été souvent dépeintes, aus!'-i,par <les officiers attachés au transport des exilés. L'un d'entre eux, qui vit le couvoi dont j'ai parlé plus haut, après son départ de Moscou, mais avant qu'il n'atteignît la frontière sibérienne, me dit que ces condamnés étaient aux trois quarts épileptiques, de vraies ruines humaines qui s'évanouissaient à. tout propos. Du reste, il n'aurait probablement pas avoué ce fait s'il n'avait tenu à prouver que le sort des condamnés politiques en Sibérie, voire même dans les mine:,, est préférable à celui des forteresses et des prisons centrales de la Russie d'Europe. XXX CO)D!E::-IT OX « .\SSOUPLIT LE CARACTÈRE» DES PRISONXIERS POLIT!Qt.:ES. Je n'ai jamais pu obtenir d'aucun fonctionnaire russe une explication suffisante de ce 1ue les voleurs, les assassins et autres criminels de droit commun peuvent communiquc1· entre eux dans les prisons dont je viens de parler, et sont aussitôt que possible envoyés en Sibérie, tandis que les condamnés politiques de même classe sont renvoyés dans les casemates de la forteresse, ou mis au régime
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