L.\ CRlSE HÉ\'OLCTION:\'AIRE E:\' HUSSIE pour ne pas entendre l'odieux bruit des fers. Vers trois heure,; du matin, un surveillant ouvrit ma porte et me dit: « ,. enez. • Je le suivis au bureau de la prison, oü le eom:nandant du convoi fit un minutieux examen de rna personne, examina soigneusement mon visage et toutes mes particularités physiques, puis les compara au signalement qu'il avait dans la main et il la photographie que l'on avait faite de moi immédiatement après mon arrestation. J..:nfin il parut assuré de mon identité, et accepta définitivement liuaison de ma personne. On me fit alors descendre un escalier qui menait au corps de garde, Yaste pièce située au rez-de-chaussée, à la porte de laquelle se tenait une sentinelle en armes. Cette salle, grande, mais basse et obscure, était faiblement éclairée par des lampes vacillantes et des chandelles fumeuses. Au milieu, autour de cieux longues tables grossières, étaient assises dix ou quinze personnes, hommes ou femmes, qui buvaient du thé. Ils étaient revêtus de la grossière capote grise des forçats. Les hommes avaient tout un côté de la tète rasé. Tous avaient des chaines et des fers aux pieds, et, sut· leur do5, entre les épaules, on voyait les deux losanges noirs qui indiquent la condamnation aux travaux forcés. Près de la porte, dans un petit groupe, se trounüent six ou huit gendarmes et officiers de la police de sûreté, qui surveillaient les prisonniers, et, de temps en temps, se chuchotaient leurs remarques. Rien d'autre ne tηoublait le silence, si cc n'est le faible sifflement de deux ou trois samo,·ars en cuivre, et parfois un tintement de chaines, quand un des forçats remuait les pieds. Les condamnés ne souff1aicnt mot, et nul observateur n'aurait pu ~c douter que ces prisonniers vêtus de gt·is, a;;~is côte à côte, et silencieux, étaient des amis intimes ou mème de:; parents, qui avaient été longtemps cnsc\·clis dans les ca emales de la forteresse, et se revoyaient pour la première fois dcpui5 des années. Au moment oü j'entrai dans cette salle, l'un des prisonnier.,, dont je ne reconnus pas tout d'abord le visage, mais qui était un de mes vieux amis, courut à ma rencontrn et me murmura à l'oreille, en me pressant dans ses bras : « Xe reconnaissez personne, sauf moi; les gendarmes nous surveillent. » Je compris cet avertissement. En réalité, la police savait fort peu de chose sur la vie et les actes de plusieurs condamnés politiques qui se trouvaient là; et il était d'une extrême importance qu'elle ne pût établil' l'identité de certains au moyen des reconnaissances qui auraient lieu pendant que l'on introduirait un ·par un les détenus. La moindre marque d'émotion imprudemment manifcstce par un forçat à la vue d'un autre aurnit pu déterminer leur réintégration, à tous les deux, dans les casemates de la forteresse, et leur détenti_onjusqu'à cc que la nature de leurs relations fût établie. C'était là la raison secrète du silence qui régnait
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==