La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA CRISE m•:VOLUTIONNAIRE EN RUSSIE 133 Netchaief fut enchaîné à la muraille de sa cellule pour amir frappé l'officier de gendarmes PotakoIT; mais, auparavant, il avait été traité avec clémence. Et si jamais on l'a fouetté, s'il a jamais écrit avec son sang à Alexandre Ill ou à tout autre, les exilés que j'ai connus l'ignoraient. Les gardiens ont souvent frappé les détenus soit avec le canon de leur carabine, soit avec les poings; mais je n'ai pu recueillir aucun témoignage au sujet de l'emploi du •fouet, bien que ce dernier châtiment soit autorisé pm· la loi. Quant à la torture, c'est-à-dire à des douleurs provoquées par des moyens arlificiels, je ne crois pas qu'elle ait été appliquée clans la forteresse, ni dans aucune autre prison de la Russie d'Europe. Un révolutionnaire célèbre, bien connu de Stepniak et dont ce dernier a écrit la biographie, me dit, un jour, en Sibérie: « De mon temps, la torture dans la forteresse n'était pas exactement cc que l'on a dit depuis. Il n'en est pas venu à ma connaissance un seul cas pendant les trois années d'emprisonnement que j'y ai subies, si ce n'est pcut-(;tre ·que l'on employa la force pout· chloroformer Obolcshef et Mm•\ïtanieva (ll, parce qu'ils ne voulaient pas se laisset· photogrnphicr. Plusieurs gardiens en furent même révoltés, et l'un d'eux refusa d'aider à maintenir les pl"isonniers, qui se débattaient, déclarant qu'il n'était pas un bourreau et et n'avait pas mission d'empoisonner les gens. xxnn EFFET8 DU nÉGDIE CELLUL.\IRE D.\:'\S LES C.\SE)l.\TES DE LA FORTEHES:;ll Il faut donc conYenir que, dans l'ensemble, les descriptions de la vie de forteresse de Stepniak et du prince Krapotkine se rapprochent beaucoup plus de ce que j'ai constaté moi-même que les récits du révérend llenry Lansdell et de quely_ues autres voyageurs anglais, qui ont superficiellement visité le bastion de Troubetzkeï, il y a un certain nombre d'années. Il n'est douteux, je crois, pour personne que le régime cellulaire d'une casemate, sans rien pour lire ni pour écrire, sans aucune communication avec le monde extérieur, presque sans nourriture, soit un châtiment beaucoup plus terrible que la mort. (1) Obsleshef et i\Jm• Yitanieni. furent jetés dans la fortcrc~se sous la prévention d'a,·oir comploté l'assassinat du général '\lezzentzcf. Ils refusèrent de se laisser photographier, et e'cst pour,1uoi on les chloroforma par force; à la suile de quoi '\Jm• Yitanieva dc,·int inconsdente et calme, tandis que le chloroforme provoqua chez Oboleshcf un si furieux délire qu'on finit par renoncer à le photographier. Assistaient à cette scène : le major ;\"okolski, un officier de gendarmes, le docteur Vilms, médecin de la forteresse, et deux SUl'\"Cillants.

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