CÉSAR DE J'AEPE 11 le penseur comptait pouvoir se consacrer aux labeurs intellectuels qu'avaient fait ajourner les nécessités de l'action. L'aveugle fatalité ne l'a pas voulu. Quand la maison est bâtie, l'homme meurt, dit le proverbe arabe. Plus malheureux encore, de Paepe n'a pu que rassembler les éléments de la superbe fondation qu'il voulait élever à la pensée humaine, préparatrice des civilisations supérieures futures. Aussi, bien que l'ami que nous pleurons ait pu s'appliquer C€S parol1:s J.upoète: Je n'ai pas refusé ma tâehe sur la terre, i\lon sillon le rnici, ma gerbe la rnilù, il nous appartient, à nous, de dire néanmoins que de richesses intellectuelles et morales nous a ravies la mort en frappant prématurément un tel homme 1 Lorsque, par moments, près de son fauteuil de mourant, nous étions arrivés à lui faire illusion sur son état, il nous parlait avec sa lucidité et son abondance habituelles de ses travaux en train ou projetés. C'était d'abord son Cours d'économie socialP qu'il voulait terminer. Puis venaient un C'om·s de psycholo9ie physiolo9ique, une Théorie de lapopulation, un Traité d'hy9iène sociale, une Étude sur Km·Dforx, une autre _sur Emile de Lal'eleyc; enfin une série d'études sur la Coopération, sur la Lé9islatio1t inl('mationale ilu travetil, sur son projet d' Ordre international clesinfirmières laïques ... Combien d'autres! Et pendant qu'il développait ses plans avec une érudition si vaste, avec une si impeccable sagacité, une si riche variété d'aperçus nouveaux et largement humains, nous nous prenions à espérer contre toute espérance, nous aussi, ne pouvant pas nous faire à cette douleur qu'une pensée si vigoureuse et si haute allait ètre si vite éteinte. En même temps que la pleine possession de sa vaste et belle intelligence, il a gardé jusqu'au dernier moment sa généreuse passion de militant. Avecquelintérêtil nous demandait, chaque matin, ce qui se passait dan:;;le monde socialiste et progressiste; avec quelle ardeur il commentait les batailles victorieuses du Parti ouvrier belge, et que d'approbations aux Volders, aux Bertrand, aux Anseele, aux Delfosse, aux Defnet, aux Vanderdorpe, aux Demblon et autres soldats du premier rang, sans oublier les plus humbles, qu'il rappelait toujours avec une prédilection si marquée! « J'ai un pied dans la fosse, nous disait-il, huit jours avant sa mort; mais jusqu'à l'heure de mon dernier souffle, je demande à être renseigné sur toutes les péripéties de la grande lutte que pour-
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