LES CONDITIONS DU TRAYAIL 143 au lendemain, les garnisons allemandes auxquelles il est destiné; de l'autre, elle assure à la classe capitaliste belge l'appui des hayonnettes allemandes au cas ou, débordée, elle se trouverait absolument impuissante à contenir le flot irrésistible des revendications ouvrières. C'est là un fait patent, avéré, de notoriété publique ; il fait l'objet des préoccupations de l'opinion en Belgicrue,où il soulève l'in.dignation légitime des radicaux et des socialistes. Comment une classe dirigeante a-t-elle pu en arriver là? Quelle est donc la nature des forces ouvrières contre lesquelles elle ne se croit pas en puissance de défendre ses privilèges sans faire appel à la domination étrangère? Quelle résistance cette trahison nationale trouverait-elle <levant elle le jour où se consommerait le pacte conclu? Ce sont là, certes, des questions qu'il importe à notre gouvernement de con• naître et auxquelles une description fidèle de l'état des classes ouvrières belges et de la situation respective des partis sociaux en présence permettrait seule de répondre. Qu'on me comprenne bien : je ne veux pas dire que M. Bourée aurait dû discuter ni même soulever ces questions. Mais elles existent, et nous ne pouvons nous faire un jugement sur leur plus ou moins de gravité que si nous connaissons exactement l'état de choses économique et politique de fa Belgique. Dans ce pays neutre, la question politique, la question sociale et la question internationale sont étroitement liées. Les iniquités du régime capitaliste ont provoqué la formation d'un parti socialiste qui revendique le suffrage universel, afin de réaliser l'application d'un programme social réformateur. Contre l'éventualité d'application de ce programme, la classe capitaliste belge a conclu un pacte de trahison nationale avec l'étranger. Il n'y a donc pas, pour le gouvernement français, de pays, en Europe, qu'il lui importe de mieux connaître socialement, sauf l'Allemagne. Eh bien! le rapport de M Bourée est l'apologie la plus plate, la dissertation la plus vide qu'on puisse imaginer. Cet homme, évidemment, ne sait rien de rien de ce qui se passe en Belgique, de l'évolution économique de ces trente dernières années. Les rapports de la commission du travail, qu'il cite sans les avoir lus, sont, à coup sûr, plus intéressants que le sien. Ils présentent la situation sous un jour moins optimiste, avec moins de parti pris systématique. Ainsi ces rapports, écrits par des hommes résolus à tout, même à la domination étrangère, plutôt qu'à céder d'un iota aux revendications sociales, contiennent l'aveu formel de l'indill'érence gardée jusqu'ici par les pouvoirs publics en matière de travail. Je les ai sous les yeux, et je lis dans celui de la troisième section (Réglemen• tation du travail industriel), le plus important, par le baron Arnold
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