La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LES CONDITIONS DU TRAVAIL être et d'amélioration qui sont à l'ordre du jour des préoccupations ouvrières dans tous les autres pays de l'Europe. Sans doute, ainsi que l'observe très bien notre ministre à Lisbonne : « La distribution « imparfaite de l'enseignement populaire ralentit les effets de la « propagande socialiste. » La remarque est aussi juste que profonde : l'état d'esprit socialiste d'une classe ouvrière donnée.correspond toujours à un degré de développement intellectuel auquel ne sont point arrivées encore les classes laborieuses résignées, sans espérances dans un avenir meilleur. Néanmoins, malgré l'ignorance systématique dans laquelle la dynastie de Bragance tient sa classe ouvrière, malgré des conditions industrielles primitives, peu propices à la propagation des idées socialistes, notre ministre n'a pas suffisamment interrogé les faits au delà de la sphère de ses relations nécessairement peu étendue, puisqu'il n'a pas constaté les progrès sensibles du socialisme, qui ont permis à plusieurs de ses organes de vivre à Porto et à Lisbonne. Il n'y a pas de législation du travail au Portugal; « mais, à diverses reprises, des projets de réglementation ont été annoncés ». Dans un se1·vice public, seulement, la régie des tabacs, « le règlement interdit l'accès des fabriques aux garçons de moins de 13 ans, et aux filles de moins de 15 ans ». Ce sont là des dispositions protectrices que nous sommes encore loin d'avoir obtenues en France - dans les usines et les ateliers de l'État. En matière d'accidents, la législation portugaise ressemble à la législation française; la responsabilité est régie par le droit com- , mun. « Les ouvriers peuvent bien l'invoquer, nous dit M. Bihourd, mais ils redoutent généralement l'interprétation des tribunaux, et ils renoncent à une garantie ainsi illusoire. » En somme, peu de faits intéressants. D'ailleurs, au Portugal (comme en Espagne, il faut le dire à la décharge de M. Cambon), la question ouvrière se mêle à la question politique; un grand nombre de chefs du parti socialiste sont des militants du parti républicain, et il était sans doute difficile à un ambassadeur de scruter les tendances sociales des partis politiques portugais. III SUÈDE ET NORVÈGE Le rapport sur la Suède et la Norvège est l'œuvre d'un inspecteur consciencieux, porté vers l'étude des choses sociales (au moins à en juger par son rapport); aussi, celui-ci est-il de beaucoup le plus intéressant de tous ceux que nous avons parcourus. M. René Millet,

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