\ LE~ CONDITIONS DU TRAVAIL f31 la France depuis des années a conservé les tours de phrase habituels de ce temps-là ; de sorte qu'ayant à parler des grèves espagnoles, le malheureux en parle dans le style officiel du préfet du Nord. On croirait lire un rapport de M. Cambon sur une grève déclarée dans les charbonnages d'Anzin. Oyez plutôt : « A la fin « de 1889, quelques ouvriers de Bilbao, obéissant à des excitations « du dehors, élevèrent des plaintes et proposèrent la grève ... A la « même date, les ouvriers du port de Carthagène se mettaicnt en « chômage. Ils obéissaient certainement èt une impulsion éti-cingère, « car ... » - j'épargne la suite au lecteur. Passe pour Carthagène; ce port est suffisamment éloigné de notre frontière pour qu'on puisse croire que M. Cambon a voulu parler d'excitations allemandes, venues par mer de Hambourg, quand il signale des excitations étrangères dans les revendications ouvrières de Carthagène. Mais Bilbao! Bilbao est à deux pas de la frontière française. Il est évident que si une« impulsion étrangère)) est venu troubler la sagesse, modèle jusque-là, des mineurs de Bilbao et de Huelva, cette impulsion ne peut venir que de France. Heureusement que nous sommes en bonnes relations avec l'Espagne, dont le gouvernement ne commande d'ailleurs point, comme jadis M. de Bismarck, à une nuée de reptiles! La presse espagnole ne se servira pas du rapport de i\L Cambon, pour accuser le socialisme de faire, en Espagne, cause commune avec l'étranger. Si, cependant, un journal, à la solde de propriétaires de mines de Bilbao et de Huelva, imprimaitdemainqueles initiateurs <le ces grèves sont Français; que ceux-ci sont les agents des mmes françaises que trouble la prospérité des mines de Bilbao; que le fait a été avoué par i\1. Cambon dans un rapport officiel publié ; qu'il ap• partient au gouvernement français de garder chez lui ses commis voyageurs en émeutes et en insurrections sociales; que c'est bien assez de donner asile, à Paris, aux conspirateurs républicains comme M. Ruiz Zorilla et l\I. Salmeron, etc., etc., - qui serait bien attrapé? On aurait dû, au ministère des affaires étrangères, corriger sur épreuves ces cocasseries!. .. Hormis ces traits caractéristiques, nous ne voyons rien, dans ce rapport, qui mérite d'être noté, sauf un point, que nous retrouverons d'ailleurs pour toutes les autres nations : l'importance de la journée du 1" mai et la poussée socialiste grandissante, dont cette manifestation internationale a été le point de départ. Sans doute, le parti socialiste espagnol n'avait pas attendu ce jour-là pour s'affirmer énergiquement; et peut-être M. Cambon est-il encore, ici, l'écho des apeurements français. Cependant nous croyons exacte son intéressante observation et nous la signalons.
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