La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

130 LA REVUE SOCIALISTE I ESPAGNE Le premier des rapports concerne l'Espagne et est signé de M. Cambon notre ambassadeur à Madrid. Il révèle chez son auteur ' • lè • • 1 d une telle ignorance, - une ignorance s1c~mp te, 1 s1_s~reme. ~ e l'état de choses social et des préoccupat10ns de 1op1mon publique en Espagne, que nous l'aurions omis volontiers ~'il ne nous ava~t paru indispensable de signaler la façon dont certains de nos representants étudient le milieu politique et social des pays où ils sont accrédités. Ainsi, au début, M. Cambon nous dit gravement que les « ques- « tions sociales sont restées jusqu'à présent au second plan, dans « les préoccupations publiques, et qu'à part quelques esprits dis- « tingués, personne n'avait songé, avant ces dernières années, à « s'enquérir de la condition des classes laborieuses et des moyens " d'améliorer leur situation ... » Il est vrai qu'un peu plus loin, le rédacteur de cet étrange document nous apprend qu' « il existe en Catalogne trois sociétés ou- « vrières fortement constituées. La première et la plus importante, « qui date de 1812, porte le nom de « Fédération des trois classes « de vapeur ». Elle compte environ 12,000 adhérents, mais son in- « fluence s'étend bien au delà. Elle s'occupe particulièrement des « salaires et des heures de travail (parbleu!) et elle a un organe « dans la presse locale, El Obrel'O, Les revendications des ouvriers espagnols ne datent donc pas d'hier, puisqu'une seule association, fondée en 18'12, compte 12,000 adhérents et que son influence s'étend encore au delà de ce cercle déjà formidable d'affiliés. Autre perle : « En Andalousie, l'ouvrier s'occupe peu de politique. » Et les provinces andalouses sont les contrées où les partis avancés comptent le plus grand nombre de représentants. En 1873, Séville leva, avant Carthagène, l'étendard de l'insurrection socialiste contre la République lamartinienne de Castelar ! Mais ceci n'est rien à côté du chapitre où le diplomate enquêteur ~el~t~les conflits entre patrons et ouvriers. Il y a quelques années, 11eta1t de mode, en France, de dire que l'Allemagne provoquait nos grèves, et les socialistes avaient les plus grandes peines du monde à se défendre d'être les familiers de la \.Vilhemstrasse. Un conflit su_rgis_sanstur n'importe quel point du territoire prenait-il une certaine importance, la main du meneur étrano-er était le deus e.c machina qui avait tout mis en branle. M. Cambon ayant quitté

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