La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

REVUE DES LIVRES 121 - Sir John Lubbock donn('-t-il une rccl'ltC î EnsPigne-t-il le moyen de couler en paix d'hcurnux jours? ~ans doute l'auteur professe des principes généraux qui, fermement appliqués, pourraient tout au moins é,·itcr de nombreux mécomptes. '.\Jais il semble s'i•trc complu surtout dan, la desc·1·iplionde l'existeuce telle qu'il la conçoit lui-mi·me. C'est ,-e <jlti fait le eharme de r·e livre et aussi sa faiblesse. 11n'est pas indifférent en effet de savoir eommcnt un savant de l'importance de John n,ubbo,·k comprend la ,·ie. ~lais combien pourront profiter de ses enseignements, cl modell'r leur e:\blcnce sur la sie,rne? Quoi qu'il en soit, comme tout l.Jon.\nglais. il est au~lèrc. ~lare Aurèle, Sénèque, Épictète viennent à <'haque instant i,ous sa plume. « l\ous devons autant que possible, dit-il, nous rnctu·e à l'abri des 1·,•proehcs de la C'Ot'lscicncc, des soucis et de l'anxiété. i'l'ou, rendrons notre ,ie vertueuse et agréab!e en rési~tant au mal, en mettant un frein à nos appétits et peut-être mieux encorn en fortifiant, en déYcloppanl nos bons instincts. " \'oilà qui est fort bien parlé, et cette philosophie est douce. Elle ne saurait cependant suffire au bonheur. D'ailleurs sir John l.ubbock ne s'en contente pa,, et il donne quelques conseils qui certainement sont d'un homme connaissant par lui-mi·me les bons C'ôtés do l'exislenre. \'oulcz-vous être heureux 9 Livrez-vous à l'étude, mais sac·hez <·hoisir et ,·os lines et le sujet de ,os études. Arrètcz-rnus à cc qui mus allirc le plus et tenez-vous-y. On ne ~aurait mieux dire, et cc précepte peut s'appliquer à tous les travaux de l:t, vie en g(•néral. Les lin'cs sont d'cxccllrnts amis. Jls ne sont pas les seul~, et les bienfaits de l'amitié sont inestimables. 1\lais ici encore, il faut savoir choisir: « :\'ous moitons tous nos soins i, examiner le chien ou le rhcval que nous désirons acquérir, nous nou, info1·mons de sa généalogie, de son éducation, de son caractère, tandis que trop suuvcnt nous abandonnons presque au hasard le <'hoix de nos amis, choi>< d'une importance infiniment supérieure, puisciue notre de entière peut en être influencée en bien ou en mal». '.\lalhcurcusemenl, les amis sont un peu comme 1,•schevaux, on ne les connaît bien qu'à l'user, el ce n'est qu'après la chute de votre cheval ou la trahison ·de votre ami, que vous vous apercevez de ,·otre choix. Au surplus, ces recommandations sont quelque peu vieillottes. J'aime mieux re que nous dit l'auteur du prix du temps. Time Ùi mone!J. Cela 110 pou,·ait manquer. Du reste, il peut en parler avec expérience. Membre de la Société royale de Londres, membre du Parlement britannique, président du Conseil général de Londres, président do la Chambre de commerce de Londres, grand industriel, Ioules ,·es fonctions, toutes ces présidences ne l'ont pas emp~ehé d'écrire l' llo111111p<1· ·éhi,to1·i11te et les o,,igi11es de la cioilisatio11 et de dernni,· ainsi un sarnnt hors de pair .. \ussi bien a-t-il le droit d'écrire que « le temps est un don sacré et chaque jour une pelite existence ... » Comment, \'OUS èlcs triste, ajoule-t-11, quand la terre, l'air et l'eau sont des mystères pour ,·ous, et quand, en allongeant la main, vous ne touchez rien dont vous ayez approfondi les propriétés, quand sans cesse la nature VOU$im·itc sérieusement i~ causer a-·ec elle, à la comprendre, à la subjuguer et à rccc,·oir ses bienfaits ! » Ceci s'adresse aux oisifs, mais aux oisifs qui ont les moyens de l'ètrc. Sir John T.ubl>ocka écrit son livre, semble-t-il, pour cette caléµ-oric prh·ilégiée. Il lc.ur dit encore : Si mus avez de l'ennui, voyagez. « Les jouis~anccs des Yoyages du1·cnl toute la ,·ic et souvent, lorsque nous somn,es assis chez nous, quel,1ue 1)1·illantc et parfaite ,·ue de Venise, de Gê11esou du mont l{osa nous rc\'ient dc,,rnt les yeux, aussi reposants qu'un jour sa"'ement dépensé à Yoyager. • Et puis, lorsqu'on a contemplé les plus mcn~illeuses choses de la nature ou de l'art, comme il fail bon rentrer au logis, dans un home confortable! Combien alors sont ·douces

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