La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

REVUE DES Ll\'HES 119 Cc numéraire que la Banque absorbe, le i::arde-t-ellc 'I l'\on. Car les bilans, par lesquels elle affirme posséde1· en cai,se deux milliards et demi en numéraire ou en lingots, ces bilans sont faux, d·aprés Chirac. La preuve d'une l<'llc assertion u'pst pas commode à fournir. Cependant rauteur, en se ser,·:rnt des données publiées par cette puissante société, arrÎ\'c à une série de constatations qui équivalent presque à une preu,·e directe. Et d'abord, nulle part dans les comptes ,·endu.s ni tians les rapports des censeurs, si minutieux à tant d·égards, il n·c,t indiqué que les encaisses ont été ,·érifiées et comptées. Les ecnscurs vél'ificnt tout cx<'cpté cela. D'autre part, les bilans de la banque indiquent qu·un tiers de ren<'aisse m,,tallique est à Paris et les deux autres tiers dans les succursale~. 01·, les besoins de Paris sont égaux à ceux de la province. Paris à lui seul escompte autant que le reste de la France. Si Paris se suffit avec 600 millions, pour<1uoi la province aurait-clic besoin de 1,G00 millions. Les surcur,alcs <'ontiennent un milliard de plus qu'il n·est nùcessairc. Cc milliard est inutile. Il n',•,iste pas dans les caisses des succursales: il est absent, cmploy6 en secret à des agiotages. La situation des succursales présente aussi des anomalies inexplicables. Certaines, avec une encaisse moyenne très minime, font les plus gros chiffres d'escompte. D'autres, au contraire, font les chiffres d'escompte les plus faibles et ont une encaisse relativement énorme. Tout rc chapitre intitulé: Jn.oraisemblances, est Yraimcnt plein dïntérêt. D'une discussion très serrée et très documentée, il résulterait que les i::ranclcs Yillcs ,\ <'ncaissc minime, telles que Bordeaux, Lyon, le Ila\'l'e pompent le métal, tan,lis que les petites villes à encaisse énorme, comme Blois, Chartres, constiLuent des réserYoirs .•imulél!. En effet ces réservoirs pcu,·ent ne pas contenir grand·chosc, car l'auteur nous prouve que, pour suffire au total des escomptes, soit neuf milliards, une somme en numéraire de 260 millions est seule nécessaire .. \joutons :l. l'escompte les autres services, et on trouve qu'un milliard a maximum en métal suffit largement à toutes les opérations; croù il résulte que les l,23\l millions en plus qui sont portés sur les bilans pourront exister ou ne pas exister sans que le public s'en aperc;oivc. Dans les chapitres sui~ants, le savant financier montre bien quel puissant intérêt ont les détenteurs du capital ù. tenir entre leurs mains la plus grande partie du numéraire ayant cours; il entre ensuite dans une série de développements très remarquables et très complex~s relatifs à la circulation monétaire et à ses rapports a-·ec les revenus prélevés par le capital. Tous les efforts de la haute l,anqt\e tendent ,, accaparer l'or, qui constitue !,1 seule valeur inconlest(•e, acccpt<•e partout. En possédant l'or, on tient la puissance universelle. Comme la France est le irrand résenoir de l'or européen, c'est en France que la chasse au précieux métal est faite arnc le plus d'ardeur. A ce sujet, citons une aoecdoctc curieuse : " Je no sais plus quel • est l'homme d'Etat c.Jule faiseur - te qui est, le plus souvent, tout un - qui, « un jour, à quelqu'un lui proposant une mine d'or ù. exploiter, répondit: Une " mine d'or? " Mais nous ,,vons la France. " Cette mine d'or commence à s'épuiser; .-·est cc que prouve la comparaison entre les .chiffres représentant les stocks d~ ,·c métal po~séd6s par le public à diversces époques. En 18~, on trouve dans le public 6,103 millions d'or. En 1878, on n'en trourn plus qm• 3,320 millio11scL en ll<ll\lcelle quantité se réduiL à 1,682millions. La conclusion s'impose: l'or s'en va; la Banquo de France l'aspire de toutes ses forces; au lieu de le garder, elle s'en sert pour ses spéculations pa;ticulières, acquiert par cc moyen une puissance fo,·midable, devient la maitresse absolue de tout le pays, dont les ressources éparpillée~

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