La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

•, 110 LA REVUE SOCIALISTE autre, eût été en droit de le dire : ne pensant c1ue pour agir, il se dépensa tout entier en des rapports, des brochures, des articles de journaux et de revues. Œuvrcs fragmentaires, incomplètes, mais reliées par une pensée maitresse, une conception grandiose, l'idée collccti,·istc, l'actuel c,·cdo du prolétariat des Deux-Mondes. Précieuses et fécondes semences, r1u'il jeta à tous les vents et qui partout ont trouvé un terrain favorable. Beaucoup ignorent encore le nom du semeur, qui regardent joyeux se dorer la moisson. lllais d"autres l'ont vu, se tuant à la tàchc, quand la glèbe était froide et dure, le vent d"hiver àprc et glat:é. Et <:esont ceux-là, foule représentant un peuple, qui entourent cette fosse, clans l'angoisse du dernier adieu. • Parmi eux, il en est qui ont durement et douloureusement peiné, sacrifié le meilleur de'leur vie à un idéal lointain et amer, mais devant ce cadaHe meurtri par un long martyre, devant cet homme qui vécut dans la douleur, et centralisa dans son cerveau les douleurs des autres, est-il <Juelqu·un qui ne dise : « Je jure que celui-là a plus souffert que nous! • l\lalgré tout, cependant, César de Pacpc ne c-onnut jamais la désespérance. Il est consolant de songer qu"en ses derniers jours, du haut des sommets de sa forte pensée, il put contempler la terre promise. Sous le ciel du Midi, dc,·ançant notre printemps, fleurissaient les primevères et les anémones rosées; des amis dé,·oués lui faisaient un coin d'humanité fraternelle, mais lui, fiévreusement anxieux, ne songeait qu'aux nouvelles de son pays, tressaillant dans l'effort d'une grandiose gcni:sc. Et peut-être, les mourants ont de ces presciences, vit-il son peuple en marche, abandonnant les tentes où il campait, faisant brèche aux murailles, aux coups de clairons de la pensée, conquérant enfin droit de cité ,Jans la communauti: sociale. Cc rêve, pour nous bientôt une réalité, qu'en restc-t-il pou,· loi, bien-aimé mallref Notre déchirant adieu, peux-tu l'enlenclre? \'ois-tu le deuil <1uitorture nos cœurs, qui règne sombre dans les ateliers et clans les fosses, mêlant ,,ur des milliers de joues la poussière du charbon et les larmes amères f Énigme, que nous savons insoluble, mais a laquelle il est impossible de ne pas songer. Adieu, César de Paepe, adieu, mon cher, mou aimé maitre. Discours d'.ëugenc Fow·nie,·e. La mort de César de Paepe n'est pas seulement un deuil pour le peuple belge, mais pour tous les peuples en travail de rénovation sociale. Aussi n'êtesYOUS pas seuls, frères de Belgique, à regretter l'ami des humbles, l'éducateur des ignorants, le défenseur des opprimés. Partout où l'on souffre, partout où l'on pense, partout où l'on espère, la disparition de notre illustre ami est douloureusement ressentie. Car mus n'Micz pas seuls à posséder celui qui tenait à vous par les liens du sang; sa pensée planait au-dessus des frontières. Vous pleurez un enfant de la Belgique; vingt nations pleurent un citoyen du monde. Et si tous ceux que sa parole, ses écrits, son exemple ont convertis à l'idée socialiste étaient réunis ici, la cité bruxelloise ne les pourrait contenir. l\lais ils sont tous ici de cœur et de pensée, et leur sanglot s'élèYe comme un appel aux justices futures. D'autres vous ont dit l'homme privé, <JUifut un honnête homme dans la plus haute acception du mot; d'autres vous ont dit le bienfaiteur des malheureux qui fut un saint laïque; d'autres vous ont dit Je savant, qui voulut que la science eût pour but le soulagement de tous les maux et de tous les misêres;

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==