MOUVEMENT SOCIAL EN FRAKCE ET A L'ÉTRANGEH 109 César de Paepc a fait de sa vie entière une longue et volontaire immolation au devoir. Lui qui s'oubliait lui-même pour ne songer qu'aux autres, lui que dé,·orait la. fièvre du bien public, il a. vécu dans son pays comme un proscrit ou un suspect sur lequel pesait la lourde et implacable hostilité du pouvoir et de l'oligarchie dont il menaçait les privilèges. JI a. connu les heures noires d'isolement et de désespérance dans lesquelles il semblait, torture atroce, que tant d'efforts et de sacrifices fussent destinés :\ rester stériles et que le bloc de haine et d'iniquité fût décidément trop lourd pour pouvoir jamais être renversé! li ne s'est point laissé abattre pourtant; il a, jusqu'à son dernier jour, aftirmé la. délivrance! Et aujourd'hui, il est lit, devant nous, sans ,·ic, frappé à quarante-huit ans, en plein épanouissement de sa puissance intellectuelle, épuisé par les soufTranccs et les misères qu'il arnit affrontées pour en affranchir le peuple! Grand et noble martyr! je te salue! Je te salue au nom de la bourgeoisie démocratique ; je te salue au nom du Congres progressiste qui acclamait ton appel à l'alliance de la bourgeoisie et du peuple! Tu n·as pas eu la consolation suprême d'assister à la victoire de la cause pour laquelle tu as si vaillamment combattu. ;\Jais tu as, au moins, vu tomber les premiers remparts de la forteresse réactionnaire; la. forteresse elle-même chancelle,et, j'en atteste le peuple immense accouru autour de ton cercueil, j'en atteste les résolutions que le Congrès progressiste vient de proclamer, l'heure du suffrage universel a.sonné! Le peuple et la bourgeoisie, désormais indissolublement unis, honoreront ta. mémoire et ton exemple, en jurant le triomphe de ton grand rêve de justice et. d'égalité! Adieu, de Paepe ! Discours de M. f'mile Vande/'l.celde Au nom des étudiants de l'Université libre de Bruxelles, au nom des étudiants et anciens étudiants socialistes de Belgique, adieu à notre César de Paepe, à notre cher et grand ami. Il ne fut pas notre professeur, mais il fut noire maitre. Il arnit rêvé d'appartenir à l'Université libre de Bruxelles, d'y posséder une chaire de vérité et de justice. L'homme fut écarté, opiniâtrement; sa pensée pénétra, irrésistible. On le vit bien ce soir de l'an dernier, lorsqu'il vint parmi les étudiants. Son auditoire l'accueillit avec une si grande sympathie, un si profond et filial respect que, par intuition soudaine, le penseur reconnut des disciples. Et, imihciblement, la douce rosée des larmes lui monta aux yeux. Pareil réconfort lui advint quelquefois aux dernières stations de son douloureux calvaire : à l'inaltérable affection des humbles, la consolation de sa vie, commençaient à se joindre le respect et l'admiration de ceux qui jadis étaient indifférents et hostiles. Compagnon de misère du prolétariat, allait-il partager son inéluctable cl prochain triomphe! Hélas! c'est quand ils se réveillent qu'on rend justice aux peuples; c'est quand ils dorment déjà leur éternel sommeil que trop souvent on la rend aux hommes. Méconnu par sa génération, pressenti par la nôtre, César de Paepe ne sera entièrement compris que par celles qui viendront après nous. Il est ainsi de lointaines étoiles, dont les rayons mettent des années à traverser l'espace, mais qui brilleront encore aux yeux des hommes lorsque leu,· foyer sera depuis longtemps éteint. « Ce qui me reste, c'est ce que j'ai donné. ,. Ce mot, de Pacpc, plus que tout
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