La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

101:! LA REVUE SOCIALISTE néral • et alors c'est. devant la dépouille d'un howmc comme toi, qui as tant lutté ~our la justice, qui n·cus de haine que pour l'inégalité, de culte que pour la science et dont le cœur ne fut. accessible qu'aux sentiments vraiment humains, c'est de,•ant ta dépouille mortelle qu'il faut donner à cc mom·cmcnt glorieux dont nous restons les artisans après toi, sa dMnilion véritable, comme suprême hommage à ta mémoire: C'est. la réconciliation du genre humain, la communion de l'humanité dans la science et la justice. Discours de M. Émile Fé,·on. C'est au nom du Congrès progressiste de Belgique que je viens m'associer à votre deuil et saluer le grand mort que pleure la démocratie. César de Pacpe a vécu, lut.té et. souffert pour la liberté, pour l'égalité, pour la fratcrnito humaines. Il est mort pour elles. Il avait le culte de la vérité, la haine de l'ignorance, l'horreurde la superstition. Ce qui distingua cc libre esprit, passionné de libre examen et de libre recherche, c'est que la vie intellectuelle supérieure à laquelle il s'était éle,·é, il la concevait non comme l'apanage d'une élite sociale ou scientifi'lue, mais comme le patrimoine commun et nécessaire du peuple tout entier. Et alors, rêvant une humanité libérée jusque dan, les plus infimes de ses membres de la tyrannie des dogmes religieux et. politiques, il ne tarda pas à reconnaitre que la liberté intellectuelle est solidaire de la liberté sociale, que la conscience ne saurait s'affranchir, lorsque le corps est chargé de chaines, 11t qu'il n'est point de liberté pour l'homme dont le pain se trouve dans la main d'autrui! Aussi, de Paepe prodigua-t-il à la grande cause de l'émancipation sociale et. politique du peuple, les trésors d"une intelligence affinée et pénétrante, une activité fébrile et ininterrompue pendant plus d'un quart de siècle, une ardeur que même l'épuisement de ses forces semblait ne pouvoir éteindre. li fut, pour cette malheureuse population ouvrière belge, à la fois si vaillante et si opprimée, le chercheur obstiné qui devait la remettre en communication avec les grandes démocraties étrangcrcs; il l'éclaira par la plume et par la parole; il formula le programme de ses reYendications politiques et sociales; il arrêta les bases sur lesquelles devait s'édifier l'organisation du pa1·ti ouvrier. Il fut, en un mot, pour la démocratie ounière, un penseur et un homme d'action. Rien ne l'arrêta, et cependant, nulle souffrance ne lui fut épargnée. Car il connut toutes les misères qui assombrissent la Yie de l'ou1Tier, en même temps que toutes les tortures dont disposait une réaction ombrageuse pour châtier cet enfant de la bourgeoisie, coupable d'avoir eu l'audace de s'éleYer jusqu'à la défense des droits du peuple. li eût pu, appuyé sur une incontestable supériorité intelleetuelle et scientifique, s'élever à la. fortune, aux honneurs, aux situations sociales enviées. Toutes ces choses qui heillcnt les ambitions banales et dont la conquête est si souvent le signal de la déchéance des caractères, il les avait méprisées, plaçant au-dessus de tout. la. ùéfense des intérêts populaires. Grand crime! i\lcssieurs. De Paepe l'expia cruellement. Les portes de l'Uni,·crsité se fermèrent dcrnnt Je sarnnt.; celles des hôpitaux devant le médecin! et. il ne fut pas même nommé médecin des pauores, cet homme qui cle,·ait, de par la générosité de son cœur, devenir et rester toujours le médecin des pauvres gens!

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