104 LA REVUE SOCIALISTE rire, aussi caressant que celui du Christ, est éteint pour toujours, et que sa voix, que l'injustice faisait vibrer parfois, mais que presque toujours la pitié et les plus généreux sentiments rendaient d'habitude douce comme celle d'un enfant, ne sera plus entendue dans les assemblées populaires! ... Le rnilà maintenant disparu, et c'est en tremblant que nous nous disons que l'heure de la séparation est venue. Pauvre, pauvre César, que nous ne verrons plus ... (Ici les sanglots étranglent la ,·oix de l'orateur; il fond en larmes et toute l'assistance pleure avec lui. Ce moment de suprême émotion écoulé, notre ami Volders reprend) : - Paune, pauvre César, que nous ne verrons plus et qui nous quittes pour l'éternité, avec quelle tristesse nous accomplissons aujourd'hui un devoir en venant saluer ta dépouille! Avec quel regret nous te quittons! Avec quel désespoir nous lui disons adieu en venant avec les siens le conduire où il va reposer à jamais! Un dé()hirement se fait en nous tous à la pensée de cette séparation, et l'inexorable fatalité qui frappe sa famille et son pays nous trouve désarmés et fait couler nos larmes. Nous saurons vénérer sa mémoire, nous rappeler ses exemples et nous essayerons de pratiquer les vertus dont il fut le modèle. La seule consolation que nous ayons aujourd'hui, et elle est petite en présence du deuil qui nous atteint, c'est de nous dire que le peuple fait à. ce citoyen d'élite, dont la modestie surpassait les qualit~s et les mérites, à ce frère et consolateur des paunes, des funérailles dignes d'un roi. Discours de Léon Dej'uisseauœ. Au nom du Borinage, du Ccnlrn et des Chc,·alicrs du Travail de Charleroi, je viens dire un suprême adieu au grand homme que la Belgique a perdu. Je ne ferai point uue oraison funèbre: les douleurs profondes ne sont pas loquaces et la grandeur de l'homme qui est mort, le place au-dessus de la banalité des éloges vulgaires. Un jour viendra, où les erreurs et les préjugés qu'il a combattus s'étant évanouis, César de Pacpc apparaitra dans Ioule sa grandeur; mais nul ne connaitra mieux quo nous, ses contemporains, son ineffable bonté. Chez lui le socialisme venait autant du ecour que de l'intelligence. Aussi quand le penseur s'arrêtait, apparaissait le philanthrope. Il quittait les études les plus ardues pour aller au chevet des pauvres apporter l'espérance et la guérison, et c'est dans les mansardes des ouvriers, ses clients de prédilection, qu'il nous apparait le plus sublime. Un jour vint où cc riche par l'intelligence, cet homme qui n'avait jamais travaillé que pour les déshérités ne s'aperçut même pas, dans sa mission sublime, qu'il était devenu pauvre lui-même et ce furent les pauvres qui s'en aperçurent pour lui. Par une touchante abnégation qui prouverait aux plus sceptiques la grandeur du socialisme, les déshérités voulurent à leur tour prolonger sa vie en lui permettant de vivre dans la tranquillité, sous un climat plus doux. Lui, refusa longtemps el cc fut trop tard, hélas! qu'il se sépara des travailleurs qu'il aimait tant et qu'il ne devait plus revoir. C'était, il y a trois mois, je m'en souviendrai toute ma vie, que je le vis pour la dernière fois, la veille de son départ pour Cannes. Au lendemain du Congrès du 14 septembre, il voyait clairement le suffrage universel se le,•cr à. l'horizon de la Belgique, et, grâce à ee suffrage universel, les revendications des humbles et des faibles, sorties des nuages de la science pour entrer dans la réalité des lois.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==