La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

MOUVEMENT SOCIAL El\ FRANCE ET A L'ÉTRANGER 95 sieurs, vous le savez mieux que moi : la lettre tue l'esprit. Dans cette critique libertaire du sens légal de l'accroissement, vous ne voulez absolument voir que la lettre, parce rrue vous savez trop que le légi~lateur républicain a précisément eu l'esprit de vouloir atteindre cet accroissant envahissement de la mainmorte congréganiste. Soit, <lit un autre, gardons notre méfiance à l'égard des biens <le mainmorte, mais avoue/. qu'ici ou lù il a pu se produire (en tous cas, monsieur, pas autant que dans telle ou telle partie de notre inique régime fiscal) quelques improportionalités de répartition. Et puis après? Croyez-vous réellement compenser les pieuses fraudes des congrégations, leurs dis,;imulations et leurs vols au détriment du fisc et des contribuables. D'ailleurs est-ce que toutes les congrcgations ne sont pas solidaires les unes des autres? Depuis la promulgation de la loi de L8S'i, les congrégations eussent dC1payer 18 millions environ et s'en sont tirées en versant à peine 1 millions et demi. Elles ont perdu leurs procès devant l'autorité législative, elle les perdront tous devant l'autorité judiciaire, et les 12 millions en debet finiront par être recouvrés. Ni pour le passé, ni pom· l'avenir, l'on n'a donc pas reculé devant la congrégation, c'e,;t bien. ~lais à présent, loin d'apporter des tempéraments à l'exécution des lois, il faudrait avancer contre elle, et lui arracher, bribes par bribes, toutes les parcelles de son gouvernement occulte. Et pour nous maintenir sur le terrain fiscal et de l'organisation actuelle de la société, pourquoi ne surimposerait-on pas encore les congl'égations, au nom de la charité chrétienne, d'une troisième taxe qui existe bien sur les théâtres? Pourquoi ne prélèYerait-on pas sur les biens des congrégations la taxe des pauvres? Chacun prend son bien où il le trouve. Que l'État force ces accumulations pies cl~ capitaux à rendre un service véritablement pieux et chrétien au sens primitif et humanitaire du mot. Qu'il prenne là les ressources qui lui sont nécessaires pour l'organisation d'une caisse des invalides du travail et pour une sérieuse dotation de l'assistance publique. Au surplus, répétons avec Rabelais : « Arrière cagotz! Aux ouailles mas tins! II ors d'icy caphards ! De par le diable hay ! » La foi-tune des congi·égations. - M. Victor Jeanvrot, directeur de la Rel'tte de la Réf orme jitdiciafre, a signalé au congrès de la réforme judiciaire le danger de l'accroissement des biens de mainmorte ecclésiastique. Les fabriques, qui possédaient en 18'18, 1ï ,873 hectares, en avaient, 30 ans plus tard, 38.600. Les séminaires, de 1818 à 1882, ont vu leur fortune territoriale s'élever de 'i,000 hectares environ à 10,000 hectares.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==