La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

CHAUMÈTTE 75 Sans doute, son intention était de se livrer à l'étude de l'histoirn naturelle, de la botanique, qu'il aimait tant.; mais le moment n'est pas aux fieur~·et à. la science pure; t'est. la nature humaine qu'il va falloir suivre dans ses plus terribles fluctuations. Dès le début, le jeune étudiant assiste a toutes les séances de son district : la aussi, Yiennent Camille Desmoulins, Momoro, Fabre d'Eglantine, toute la Révolution dans sa fleur. Hélas! combien iront jusqu'au bout, jusqu'a la charrette fatale, sans tache à la conscience, sans remords an cœur. Chaumette sera Je ceux-la. Les Corcleliers sont àpres à la lutte. Ils fo1•meut la gauche !les •Jacobins, dit,Carlyle. Ils sont,quelt1ne chose de mieux: leurs antagonistes. Ils sont avant. la Commune du 10 aoùt, los n•ais adversaires de Robespierre; ils ::;eront ses Yictirncs. Cc sont eux, tout <l'abol'd, qui pat' la grande Yoix ne Danton, combattent l'oligarchie bourgeoise installée a l'Hôtel-de- Yille ::;ou:-le nom rie Commune, qu'elle pl'ostitue et compl'omct. Le dist1·ict disparait, <leYicnt (< section du Théàtre français» et va s'installer aillem·s, de pat· la loi. Le club· demeure; sous lè nom de << Sociétt', <lesamis 11os(lt·oits 11el'homme et de la Constitution» cc sont toujou1·s los Co1·<1cliersI.ls continuent de siéger dans la salle d'école <le:-jeunes religieux (1); cl'ailleurs ces murs monastiques en ont YU bien cl 'autt-cs ! et les co!'clelicrs étaient prédestinés a cette distinction. Pas lie moines plus gaillards et plus batailleul's: deux fois au moins au xv1• siècle, ils se pt'en- ·neut de queeelle, en viennent aux mains, s'assomment a coups de missels et clc lut.rins.En 1401, il fallut onrnyer la troupe, et les deux partis, se réunissant cont1·e l'cnucmi commun, ne fueent enfin réduits qu'après aYoir tué et blessé plusieurs soldats (:Z). L'ordl'e ayant été suppt·i111è,comme les autres, l'Hùtel-de-Ville s'avisa d'un moyen, qui réussit souvent et dont l'Empire avait su conseever le secl'et. En mai 1701,,la municipalité fit pose1·les scellés sur la salle des Oordeliet·s, déclal'ée prop1·iété nationale. Puis des agents s'en allèl'en t partout dans lo qua1·tier, menaçant des plus tel'l'ibles aventures, los peopriétairns as·scz sèditieux pour louer leurs immeuble:-- aux fauteurs d'anarchie. Cependant le club put s1nstaller rue Dauphine ,!ans une salle tlite du Musée. C'est la que, peu après la fuite de Louis XVI à Varennes, ses mcmb1·es indignés rédigè1·eiit une adresse it l'Assemblée nationale pour la suppression de la royauté (3). (1) Et non dans l'église pas plus que dans le réfectoire, subsistant encore et qui sert en ce moment d'.asilc au Mu~ée Dupuytren. M. Victor Cou8in le prend à tort pour la chapelle. (2) Dt:.laure, Hist. de Paris, Période VII,§ 1er. (3) Hist. pa1·lem. 1791, mai, juin.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==