76 LA REVUE SOCTALTSTE On sait CP qu'il advint. L'Assemblée constituante, clo1ninée par les conser,,ttcurs, cléclara. an mépris de toute justice et de toute bonne foi, que le 1·oi,malgré sa fuite,n'était pas coupable et n'ayait pas Yiolé la Constitution. Ainsi, ce prince, parti pour se sousti-aii·e, comme il l'aYouait, à la tyi·annie exercée sur sa personne, et, réellement clans le but d'aller fol'tifier pal' sa présence la coalition en train <les'organiser contre la France, ce prince était déclaré innocent pai· l'Assemblée. Dans Paris entie1·,l'indig-natio n fut à son comble; aux. Cm·deliers - et non aux Jacobins, comme le Yeut M. Thic1·s - a lieu clans la soi1·ée même une séance pleine ,l'enthousiasme etde rlignit.éà la fois. Un arrêté est pris, -c'est Chaumette lui-mème qui nous l'apprend, - pour aYedir la municipalité qu'on se réuni t·a le lendemain afin de signer- la pétition poul' la déchéance. Le reçu cle l 'IJôtel-de-Ville existe encore; il est signé Desmousseaux, 1G,junlet 1791 (1). Le rassemblement était donc pm•fai temcnt légal et, chose étrange! aucun histo1·ien n'insiste sm· cc fait. Les auteurs de !'Histoire parlementaire ne le mentionnent que 1lans un YOlume postérieur, à l'occasion du procès de Bailly. Le lendemain, 17 juillet, la population se pol'te en masse au Champ-de-Mars. L'autel <le la Patrie se clt·essait au milieu. Une pétition ti·ès 1·espectueuse dans la forme, y est immédiatement rédigée et se signe à l'envi. Par malheur, - ou par bonheur - dit ironiquement Cal'lyle, deux incliviclus sont découverts sous l'autel de la Patrie, pris pour des espions,entraînés et massacrés assez loin de là, au Gros-Caillou. Ecoutons Chaumette, qui est là, sui· cettt' place, bientôt ensanglantée, écoutons-le rendant compte clans les Révolutions de Paris, <lecette néfaste journée. « Ah ! sans <loutl>, s'écrie-t-il, les acteurs de cette scène hol'l'ible sont des bt·igands infàmes, des monstres dignes du dernier supplice; mais qu'on se garde bien ,le les confornli'e aYec le peuple. Le nai peuple n'est point féroce, il est ayare du sang et ne ye1·se tiue celui <les tyrans (2). Mais il faut citer ici le récit de Carlyle, si poignant clans son allure étrange: « Il suffit. Vers sept heures et demie du soir, l'œil le plus candide est à mème de contempler cette chose: le sieur Mottier (Lafayette) avec ses municipaux en écharpe, marchant l'ésolument SUI' le Champ-de-Mars; le mairn Bailly, avec sa face allongée, et, comme 1·éduit à remplir un triste deYoi1·,portant le drapeau rouge. Des ct·is de colère et de fm·ieusc raillerie partent de cent mille poi- (1) Procès de Bailly, Bulletin du Tribunal réTolutionnairo et Hist. pari., 1793. (2) Révolutions de Paris, n° 106.
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