LA RE\.UE DES LIVHES .753 jamai~ trou,·é l"occasion chez mes parents ni l'exemple. J'ai par fierté, par une sorte de défiance insLinct,ivc, tout gardé par devers moi. Le collcgc m'a bronzé; il m'a désappris l'amour de la famille; il m'a enseigné l'égoïsme et l'isolement; il m'a moutré que, dans la vie, c'est« chacun pour soi et. personne pour tous », il m'a fait prcssent.ir que c'est par ses vices qu'on reg-ne et qu'on s'impose;· et que la sensibilité est le sang de l'âme, que c'esL par elle r1uc la vie s'ét:oule goutte à goutLc, jusqu'à ce qu'on en meure. Si j'avais un fils et que je veuille l'éle,·er pour moi, l'aimer eLm'en faire aimer, je ne le mettrai;i jamais au collè9e; si je voulais l'élever pour lui, en confectionner le brigand sans crour et athée en LouLqu'il faut être pour vivre aujcurd'hui dans notre monde moderne, je l'internerais cnLrc les quatre murailles d'un pensionnat. " Remarquable d'ailleur,; ce livre de M. Léo Trèzcnik, il n'a pas obLcnu le succcs qu'il méritait cependant.. On n'en a point assez causé. Original, troublant d'étrangeté, j'estime cependant que cette Confession cl'unjou est un de ces lines qui tôt ou tard ont leur fortune litt,éraire. Les Amants de i\l. Paul i\Iargue1·ittc ne sont pas d'humble cxtrace. L'homme, un prince de noble et authe11Lique lignée, gent.ilhomme accompli; la femme, fille de haute bourgeoisie. Sauf d'ailleurs les différences d'éducation, les nuances de savoir-vivre, la passion est toujours la même. Le mùlc est abusif et aut.oritaire, la femme est aimante et douloureusement passi,·e. Ici laquestion s'aggrave d'une incurable maladie de l'amante et de la situation de l'amant, qui est. marié. C'est clans les hasards d'une saison mondaine, à Fontainebleau, que Frédérique Ylséc, la jolie mélancolique danoise, la "princesse Ham let, rencontre le très séduisant d'Ancisc. Forcée de quit.ter la France pour se rendre à Alger, dor,t le climat, on l'espère, la guérira de son mal déjù. gra,·e, Frédérique perd de vue le prince, mais sans parvenir à l'oublier. Un jour, elle appI'enù la mort du prince, un accident en mer. Sa douleur est t.clle qu'elle croit. en mourir. Elle l'aime donc! La nouvelle était fausse, c'est. un ami de cl'Ancise qui est mort, non lui! Fréùériquc en sa joie de le savoir vivant lui écrit pour le féliciter, aussi pour lui avouer qu'elle l'aime. Quelles espérances pcut.-ellc avoir pourtant? Le prince est marié, et elle ne veut pas songer à devenir sa maîtresse. - D'abord indifférent., d'Ancise s'éprend dr Frédérique, flatté en sa vanité puis touché du charme de la jeune femme. li est dc\"enu le voisin de Frédérique. Grâce à,la liberté cluut elle jouit, son père, un vi,·eur, laisse ses filles !;ans surveillance, il peut la voir fréquemment. Elle est sa maitresse. La princesse d'Ancise découvre bientôt leur secret. Fière, hautaine, elle supporte cette honte sans se plaindre ; elle n'ignore pas le mal de Frédérique, et elle a d'ailleurs plus de pitié que de haine contre sa rivale. D'Ancisc essaie cependant de duper sa femme. Lui aussi, éprouve la nécessité de mentir, et pourtant il se montre assez fréquemment au-dessus des préjugés sociaux, des conventions hypoc1·ites. Dans les pages que M. Paul Margueritte a consacrées à l'étude de cette situation dramatique, il s'est montré rigoureux et cruellement exact. Oh! l'épouvantable sort que celui de Frédérique Ylsée, torturée par ses remords, son amour, la hantise de la mort prochaine, l'épouvante de quitter une vie qui serait si bonne, en ce pays si beau, près d'un homme aimé. Frédérique comprend toutefois qu'une situation si terrible ne peut se prolonger. Elle doit fatalement mourir dans un bref délai. C'est une question de mois, de semaines; pourquoi ne pas avancer le dénouement.1 Et elle se tue. Tel est succinctement ce drame poignant. Nous n'avons plus à faire l'éloge de !'écrivain. M. Paul Mar'gueritte a déjà donné de nombreuses preuves de son talent. Il- l'affirme de nouveau avec Amants. Quelques pages de ce livre-
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