La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

754 LA REVUE SOCI.\.I.ISTE Ront ahsolumcnt remarquables, celles cnt1·e autres de la mort de Mm• Karlscn, une femme tl'intelligcnee supérieure, clc large esprit, qui meurt bellement, eu philosophe. Les honnêtes gens ne craignent pas la mort, et ne ressentent pas le besoin d\\tre consolé.:, d'a,·oir un prt:·Ll'e à leur che,·et. De <'Ct épi:-ode il faut féliciter hautement l'écri,·aiu. JI )' a qut>lr1ue courage :'t afflrmer C'ela dans un liYre. On est si aisément soup,;onné J'étre un vulgaire mangeur de calotins, un singulier goût il faut l'a\'Ouer ! mais dont la réputation est dangereuse. Nous estimons respectables toute,- les croyances !,incères, nous n'a,·ous toujours eu que du mépris pour les insulteurs et le,; diffamateurs à la Taxil, - on a pu apprécier par l'exemple de celui-là ce que valent toutes les indignations forcenées, qui foccurcnt sans <"t>ll\'aincre.- ~fais nous pcn,;ons qu'il faut combattre !>ans trêve, par l'exemple surtout, les superstitions et les erreurs religieuses. Et l'exemple consiste à ne jamais se soumettre aux rites quels qu'ils soient, à mettre d'accord sa vie rt ses idées. L'homme qui.se prétend irréligieux cl consent, pour de vaincs raisons rie con,·enance, à un mariag-e dc,·ant un prêtre, commet un acte de maurni-.e foi et mérite le mépris. ll faut affirmer, même et surtout devant la mort, sou iueroyance aux dogmes. Trè-, émouYanl, fertile en péripéties, ce nouveau yo\ume de Henry de Brai:sne obliendrn un vif succès de lecture. L'auteur y affirme de rares qualités de dramaturge. Le style de Vin rie race est vif, alerte, de belle allure, d'une grande simplicité, sans images banales, sans empha,;es ridicules. Bien campé , les per,;onnages de la baroone dépra,·ée de irvanne, de Julien Riche), de Nancy, de Basseville, de Barbet. L'O'II\Te est une bonne étude des mœurs aristocratiques en ces temp:s d'irrémédiable décadence pour la hautaine ra.cc issue des féodalités. Et maintenant parlons un i,eu des poètes. Ici <'ncore nous ason-; une a111ple floraison. L'auteur de l' llew·e encl,antée, Gabriel Yicaire, de qui nous <·ounais:,ons déjà les F:nwu:v b,·es~an.•, un délicieux li\'re, esl un poète, un vrai. Ses œu\'res ont à la fois l'allure ingénue, gauche, naï,·e <lesbons vieux poèmes de notre moyen ùge et un agréable parfum de modernité, un je ne sais quoi de très parisien. Il faut bien de la science et de la finesse pour réussir ces délir·a,es choses, si plaisantes, et d'un charme si ioten,,;e. San-; tralalas, sans coups de grosse l'aic;se, cc tl'ës sineère artiste a a.dmira.- blc:mcnt su di-;tiller eu son ccuHc le sue de la fleur poétique éc-loc;echez les humbles. Chez les petits, il y a d'exquises sentimentalités, qu'on es a.iera eu vain clt>détruire, et qu'il serait d'ailleurs regrettable de \'Oir disparaitre. La ~implicité ! ou y re,·ien,lr·a Les idées les plus alambiquées ne rnlcut pas les délieieuscs trouvailles du peuple, pas plus que les fleurs culti,·ées, si orgueilleuses el si vaiue,;, ne sont comparables par leur parfum à ces mignonnes bleue-, campanules, à ces radieux boutons d'or, <1ui poussent au hasard au re,·ers des ta.lus. Dans les Emau,z: bre8~ans, Ga.oriel \'ieaire nous a,·ait conté la saine rolJustcssc et la grasse joie des vignerons, les c·haucles amours, les communion,; fécondes pal' les champs, les rudes beuveries, les riches lampées, aussi les douces fables du mystique passé, consolatrices des aftligés d'antan. Aujou1·d'hui, dans l'lleure enchantée, il chante les tendres heures de l'amour, en de ra,·issantes légendes, comme Une fée, et Merlin, ::\Ierlin le fameux chernlicr qui po,:;sédait la science des enchantements et se laisse séduire par \ï,·i~ue aux bras blancs, à la bouche où fleurit le baiser, ou comme dans lsoluie, le farouche emportement, la fauve enrnlée de la passion.

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