La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

i28 LA HE\'UE SOCIALISTE LAGUERREIMPOSSIBLE Une clameu1· s'est élevée dans la presse à l'apparition d'une brochure de Camille Dreyfus : lei Guel'l'e nécessaire. Je veux apporter ma goutte d'eau à l'immense gerbe qui noiera le pétard jeté par un député français, un radical, un homme de science, sur la poudrièl'e faite des rancunes, des défiances et des peurs de deux cents millions d'humains. La guerre nécessai1·e ! Pourquoi pas le choléra nécessaire? Nous sommes à bout de dépenses : l'acier manque à l'industrie, les canons ayant tout pris. Pour éviter la guerre, l'Europe s'est bardée de fer. Conclusion: Il faut liquider le stock, nous débarrasser de nos tas d'obus en les jetant sur des tas d'hommes, nous débarrasser de nos tas d'hommes en les jetant à l'avide mort, aux corbeaux ... Et après? Après? Nous recommencerons, vainqueurs et vaincus, à travailler pendant vingt années pour les corbeaux ... Je n'ai jamais senti aussi fortement qu'aujourd'hui l'impuissance de l'écrivain à rendre sa pensée tumultueuse en phrases claires, pénétrantes, décisives. Oh! pouvoir dire de manière à être compris de tous et à ne laisser aucune obscurité dans les esprits, pouvoir <lirel'horreur profonde et la tristesse noil'e qui pénètre l'âme à cette sinistre évocation de la guerre; pouvoir montrer les mères pleurant leur fils, les enfants appelant leur père, les fiancées en voiles de deuil, les désespoirs ot les ruines, et les généraux vainqueurs pliant sous la honte de leur affreux triomphe ... Toi, homme blond et doux, au parler grave et au bon sourire, qui travailles comme moi à cultiver la fleur humaine, à surveiller

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