La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA GUERRE IMPOSSIDLE son épanouissement en de longues nuits d'angoisses, on te mettra entre les mains une arme aveugle, et sans nous voir, nous qui nous fussions aimés de to.ut l'amour que nous portons aux humains, nous nous frapperons. Etsije te tue, ta mère maudira la mienne; et moi, je me maudirai. Vraiment, c'est pitié d'avoir besoin d'invoquer d'autres arguments contre ce colossal fratricide auquel on a l'impiété de pousser les peuples. Mais il faut voir les choses comme elles sont pour savoir comment elles doivent être. Refoulons donc notre juste indignation et penchons-nous sur la marmite où les passions et les intérêts envenimés bouillonnent sous l'œil aigu des sorcières qui donneront à l'humanité décimée de nouveaux rois. On prend texte des armements qui épuisent les budgets. Croit-on que la guerre se fera gratis? Vainqueurs, nous laisserait-on rr1brceler tellement l'Allemagne et l'Italie, nous laisserait-on les ruiner au point de les réduire à n'être que des expressions géographiques? C'est folie de le penser, et nous laissât-on faire, les tronçons allemands et italiens se rejoindraient fatalement dans un temps donné et nous en serions pour la honte, devant l'histoire, d'avoir menti à tout notre passé, d'avoir violé le principe sacré des nationalités, d'avoir poursuivi la vengeance, non la justice. Cc serait à rougir de se dire Français; ce serait justifier le vol de l'Alsace-Lorraine. Non, mais voyez-vous la France remplaçant l'Autriche dans les forteresses lombardes et réintégrant un Bourbon superstitieux et féroce à Naples! On veut, de pins, obtenir l'abolition du traité de Francfort, qualifié de « Sedan économique » par ceux qui nous l'ont imposé. Sans nier le tort que ce teaité a fait à l'industrie française, on peut affümer hardiment qu'il a été exagéré par la paresse d'esprit et l'avidité de nos industriels. Je m'explique : La France n'a pas été vaincue par les armes de la Suède, et cependant l'ébénisterie et la menuiserie suédo-norvégiennes ont conquis notre marché; les Anglais n'ont assiégé ni pris Paris, et cependant, grâce à une intelligente division du travail, ils reproduisent les « articles de Paris » dont nous ne faisons plus que les modèles, et nous enlèvent peu à peu le marché sud-américain ; la Belgique ne nous a pas envahis, et cependant les houilles belges font aux nôtres une concurrence victorieuse sur notre propre territoire. Faut-il donc aussi déclarer la guerre aux Anglais, aux Suédois, aux Belges, et les ruiner de fond en comble? Marseille est libre-échangiste, et Bordeaux protectionniste, fautil donc aussi que la guerre civile vienne plier le commerce d'une 47

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