La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

724 LA REVUE SOCI.-\LISTE Jésus, dont la philosophie n'avait rien de transcendant, ou qui, pour mieux dire, n'était rien moins qu'un philosophe, concevait la divinité selon le sentiment régnant parmi les Juifs nourris de la Bible et ayant l'imagination pleine de la puissante figure de Jéhovah. Il en adoucira toutefois la Sé\·érité traditionnelle ; il se plaira à Je représenter plutôt comme bienfaisant que comme redoutable, et lui imprimera sous le sceau de la charité une physionomie dont les bouddhistes pourraient accueillir pieusement la majestueuse douceur, si les houddhistes admettaient un dieu. Il n'en est pas moins vrai qu'à part ce point, où les influences voisines l'ont à peu près maintenue dans la tradition nationale, toute la doctrine du Christ est le contre-pied du judaïsme officiel et biblifJUeet paraît s'être imprégt1l\ on ne sait au juste comment, des iclécs morales et religieuses r1ui depuis des siècles aYaient cours dans l'Inde. C'est clone une très grave erreur de dire, soit par respect pour la tradition consacrée et nécessité logique de renouet· le nouveau testament à l'ancien comme les chrétiens, soit par amour propre national, comme les Juifs, que la Judée a imprimé sa direction au reste du monde civilisé par le moyen <lu christianisme. La vérité est flue l'tvangile n'a presque rien d'hébraïque; la Judée rontemporaine l'a si bien compris qu'elle est restée juive en immense majorité, taudis <1uela bonne nouvelle ne recueillait guère ses prnsélytes que parmi les gentils, c'est•à-<lire les peuples de race incloeuropéenne, aux<1uelselle apporLait un enseignement moral et religieux qui leur était d'autant plus sympathir1ue et accessible que les principaux éléments en étaient nés chez des frères d'origine et qu'ils avaient germé pour la première fois dans des cerveaux conformés comme les leurs. Ainsi la suite réelle, pour employer le mot dans le sens de Bossuet, ne consiste pas à mettre l'Évangile au bout de la Bible, ni à faire de la civilisation chrétienne la prolongation et le développement de la civilisation juive. A quelque point de vue que l'on se place, qu'il s'agisse de mythologie, de religion et de morale, - de langage, de poésie, d'éloquence et de beaux-arts, - de philosophie et de coordination scientifique, - de coutumes, de lois, de politique générale, etc., - tout le passé, dont notre présent est sorti, appartient à l'Inde, à la Grèce, à Rome, aux antiquités slaves, germaniques et celtes, à la tradition indo-européenne en un mot; le reste ne compte pas, ou compte pour si peu qu'il est permis le plus souvent de ne pas en tenir compte.

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