LA TRADITION EUROPÉENNE 725 V Parmi les documents écrits dans lesquels nous pouvons étudier les origines de la tradition indo-européenne, le plus ancien de beaucoup est le Rig-Véda, le grand recueil des hymnes religieux de l'Inde primitive. Au point de vue de l'antiquité des idées qu'il contient et des mœurs qu'il reflète, il est aux poèmes d'Homère comme ceux-ci sont aux œuvres de Pindare et d'Eschyle. C'est par le Rig- Véda que nous touchons aux véritables sources de la mythologie, de lu religion et de la philosophie dans notre race. On comprend aisément combien il gêne ceux qui voudraient nous donner le change sur notre filiation intellectuelle. La conscience moderne de l'Europe, à les en croire, ne serait-elle pas dans une large mesure le produit d'une greffe de l'esprit sémitique sur le vieux tronc aryen ? En général, ces thèses-là se sous-entendent ou s'insinuent plutôt qu'elles ne s'affirment nettement ; mais aussi avec quel empressement leurs partisans ne saisissent-ils pas l'occasion d'en faire en quelque sorte la carte forcée en s'attaquant à tout ce qui peut les infirmer! Je rappellerai à cet égard quelques faits bien significatifs. Dans le Rapport sur les travaux <lesmembres de la Société asiatique pendant l'année 1882-1883, rédigé par M. James Darmesteter, à titre de secrétaire de la Société, on lit textuellement: <( Les védas et le sanscrit ne sont plus que la pensée et la langue de l'Inde proprement di te, et non, comme on semblait le croire, les témoins presque directs de la période d'unité. » M. Darmesteter, est-il besoin de le dire, est israélite. Il est bon de remarquer du reste que, parlant au nom d'une société où de pa reillcs vues sont loin d'être partagées par tout le monde, il était tenu à une certaine réserve dont il faut tenir compte pour apprécier toute la portée qu'il convient d'attribuer à son observation. Son coreligionnaire et collègue à la Société asiatique, M. Halévy, n'avait pas les mêmes raisons pour être discret. Aussi n'y va-t-il pas par quatre chemins, qu'on me passe l'expression, dans un Essai sur l'origine des écritii1·es1·nd'iennes, inséré dans le numéro du Journal asiatique d'août-septembre-octobre 1885. Il affirme en guise de conclusion « qu'il résulte de ses recherches, avec une certitude presque mathématique, que le Rig- Véda a été mis par écrit postérieurement à la date de 250 av. J.-C. Et comme rien ne force à croire, ajoute-il, que les hymnes védiques qui forment des poésies de circonstance et dénuées de tout caractère national se soient longtemps conservés dans la tradition orale, on est induit à penser que la composition même de ces hymnes est également pos-
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