La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

722 LA HEVUE SOCIALISTE clu temps et de l'espace un lieu fortuné où le bonheur peut exister sans la peine et le contentement sans la satiété, il puise dans l'idée même du caractère éphémère de nos joies comme un stimulant poul' les saisir plus adroitement au passage et les goûter avec plus de volupté durant les heures rapides où il nous est donné de les étreindre-. Chez les peu1Jles de race aryenne, autres que ceux de l'Inde, chez les plus brillants surtout, - j'ai nommé les Gl'ecs, - rien de semblable non plus au pessimisme brahmanique. Ils aiment la vie et s'étudient à jouir avec une sensualité dé.licatc qui n'exclut ni la vertu, ni Jecourage, des biens passagers, mais réels et actuels, qu'elle offre au sage tel qu'ils Je comprennent. Ce sage ne ressemble ni à Râma, le héros du B.ù1nCt1.1rina, qui passe comme Job de cruelles épreuves à la satisfaction de tous ses vœux, mais qui, ne se contentant pas des félicités terrestres, veut acheter celles du ciel au prix du renoncement ; ni à Buddha, le suhlime ascète qui aurait pu régner et c1uipréfère sauver ses semblables par ses prédications et ses macérai.ions; ni à saint Antoine, le persévérant vainqueur de tentations sans cesse renaissantes; ni à Polyeucte, que la folie de la croix précipite vers le martyre, c'est-à-dire vers le suicide. Selon les époques, le sage de la Grèce s'appellera le prudent Ulysse, ce type de l'habileté jointe à la constance, que nulles travcl'ses ne découragent et qui viendra finir paisiblement ses jours dans l'ile natale auprès de Pénelope et de Télémaque. Ou bien cc sera Solon, et il donnera des lois à la cité la plus célèbre que l'antiquité ait connue avant c1ucRome devînt la capitale du monde civilisé. Ou hien il apparaîtra sous les traits de Xénophon, tour à tour général d'armée, philosophe, hi torien; Xénophon, dont les délici<:uxouvrages ont la saYeur du miel, et la longue vie la sérénité d'un beau JOUI'. L'heureuse variété du caractère des enfants de l'ancienne Grèce se résume clans un trait bien saillant et qui contraste vivement avec celui qui distingue les Hindous; ils ont l'amour de l'action. Ils sentent d'instinct que l'homme est fait pour la lutte, que là est sa raison d'être et la source de toute joie et de toute gloire, et ils en prenne-nt allègrement leur parti. Les enivrements du triomphe après la bataille, les douceurs du repos entre les fatigues d'hier et celles de demain, l'orgueil de l'imagination créatrice, les jouissances plus tempérées que procure l'art sous toutes ses formes, les voluptés auxquelles préside toujours l'idée du ne quid nimis, compensent à leurs yeux la brièveté de la vie, les vicissitudes du sort, la peine de toute sorte, - ce sel du plaisir. Ces contrastes même dont l'âme humaine est à la fois l'hôtelière et la spectatrice les intéressent plus qu'ils ne les troublent. Ce sont les péripéties du drame de l'existence,

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