720 LA HEVUE SOCIALISTE bouddhistes n'avaient besoin d'eux ni pour vaquer aux œuvres charitables, ni pour pratiquer le respect des êtres vivants, ni pour se livrer aux macérations en vue du nirvCtna. Ce n'est pas tout. Supprimer les prérogatives religieuses des brahmanes, c'était du même coup universaliser la religion ; c'était appeler toutes les castes, tous les peuples même à en recueillir indirectement le bénéfice. Aussi le bouddhisme, exclu de l'Inde proprement dite,on ne sait trop comment ni clans quelles circonstances, vers le septième siècle de notre ère, put conquérir en revanche et sans être gêné ni par ses principes, ni par ses conditions d'origine, tout le reste de l'Asie orientale. Est-ce sous l'influence - directe ou indirecte - de la doctrine des bouddhistes que le Christ a négligé (sinon supprimé) l'ancien culte; qu'il a agi à l'égard de la tribu sacerdotale comme si elle n'existait pas, ou plutéit comme s'il n'avait pas besoin d'elle, et qu'il semble avoir appelé les hommes de toute caste et de toute race à recueillir sans intermédiaires les avantages rle la bonne nouvelle? Dans l'état actuel de la. science, il serait sinon téméraire, du moins prématuré de l'affirmer; mais on peut dire en toute assurance que le mouvement d'idées auquel le christianisme naissant doit son caractère laïque, pourrait-on dire, et universel, loin d'avoir son origine chez le peuple juif, - qui reste, après comme avant, obstinément attaché à l'ancienne organisation du culte au double point de vue de la hiérarchie et de la liturgie, et à l'exclusivisme étroit de sa foi religieuse,- reflète avec une fidélité tout à fait surprenante, en la supposant fortuite, les principaux traits de la réforme qu'avait inaugurée cinq ou six siècles auparavant le fondateur du bouddhisme. III Les anciens juifs ont-ils cru à la vie future? C'est déjà une grave présomption en faveur de la négative que la question puisse se poser. Partout où la croyance à l'immortalité de l'âme, ou simplement l'idée qu'elle peut survivre an corps, a fait partie de la religion, l'ensemble des dogmes en a subi l'influence dans une telle mesure que les traces en apparaissent de tous les côtés; mille détails du cul te dans l"Inde et l'Égypte antiques sont là pour en fournir la preuve. Dans tous les cas, l'idée du salut entendu comme un état d'éternelle félicité qui succède aux misères de l'existence terrestre n'apparaît clairement en Judée qu'avec la doctrine évangélique, et l'analogie de cette idée avec la délivrance telle qu'on l'entendait dans l'Inde depuis des siècles établit un nouveau lien, et des plus caractéristiques, entre les enseignements de Jésus et les conceptions brahma-
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