La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

718 LA REVUE SOCIALISTE la bouche de Socrate, de Cléanthe, de Zénon et même d'Epicure, avant d'être pr0noncé par Jésus. Que l'on en fasse honneur, si l'on veut, à l'esprit sémitique, malgré le contraste qu'il offre aYec les parties comparables du Vieux Testament, mais en ayant soin de ne pas taire que l'esprit aryen, représenté par les Grecs, n'avait pas attendu la prédication de la bonne nouvelle pour célébrer en aussi beaux termes la fraternité de· hommes, les mérites de la charité univel'selle et cette sublimité de vertu qui consiste à rendre le bien pour le mal. Mais combien le parallèle deviendra plus éloquent encore si nous ne nous en tenons pas aux enseignements des écoles philosophiques de la Grèce et que nous pénétrions dans l'Inde pour faire appel aux doctrines de Bouddha! foi, les préceptes de charité non seulement à l'égard de nos semblables, mais envers tous les êtres vivants, prennent une telle importance qu'ils forment davantage encore que dans l'Évangile le caeactère saillant de la conception religieuse dont ils font partie. Or, le bouddhisme a été fondé plus de cinq siècles avant le commencement de l'ère chrétienne, et parmi des peuples d'origine exclusivement aryenne. Si nous considérons, en outre, que le judaïsme antérieur à la venue du Christ était loin de se distinguer par les tendances fraternelles et charitables qui sont le trait commun du bouddhisme et du christianisme, nous en conclurons en toute certitude que la tradition biblique n'y est pour rien et que la morale chrétienne, avec ses antécédents dans la Grèce et dans l'Inde, n'a fait que traverser la Judée à la suite de Jésus et de ses disciples. II Un point de la plus haute importance, qui, à côté de sa morale, distingue nettement le christianisme naissant de l'ancienne religion juive, c'est l'abandon par son fondateur des pratiques liturgiques qui étaient le propre de celles-ci, et, par une conséquence naturelle, la mise à l'écart de la caste sacerdotale dont les fonctions consistaient à célébrer le culte aboli de fait par le Christ. Plus tard, il est vrai, la cérémonie de la messe vint remplacer l'ancien sacrifice, et une hiérarchie de prêtres électifs se substitua aux lévites héréditaires de l'ancienne loi; mais ces restaurations s'accomplirent longtemps après la prédication de l'Évangile, sous l'effet des conditions particulières de développement de la religion nouvelle et, on peut le dire, clans un esprit tout à fait différent de celui dont son fondateur était animé. Ici d,.ailleurs, comme pour la morale, autant les vues de Jésus accusent d'éloignement pour l'organisation religieuse

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