LA TRADITION EUROPÉENNE 717 I L'introduction et le développement du christianisme parmi les peuples qui composaient l'empire romain et les barbares par lesquels il a été détruit sont les raisons les plus spécieuses que les enfants d'Israël puissent invoquer en faveur de l'influence moralisatrice et civilisatrice qu'ils auraient exercée et exerceraient encore sur l'ensemble des nations d'origine inJo-européenne. Peu importe d'ailleurs qu'eux -mêmes n'aient pas adopté la religion nouvelle. N'avons-nous pas hérité avec elle de tout leur passé? La Bible n'est-elle pas sacrée pour nous comme pour eux? Le Christ n'appartient-il pas à la nation juive, et ne doit-on pas considérer même ce qu'il a introduit de neuf dans le judaïsme comme un apport, par l'intermédiaire de sa doctrine, du sémite à l'aryen? A ce comptelà, la civilisation chrétienne, au moins dans sa partie religieuse et morale, serait bien la fille de la civilisation hébraïque, et, la race qui se glorifie d'avoir produit Homère et Lucrèce, Pindare et Horace, Sophocle et Virgile, Démosthène et Cicéron, Miltiade et Scipion l'Africain, Phidias, Xeuxis et Appelle, Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Archimède, Sénèque, Marc-Aurèle, etc., etc., doit s'incliner humblement devant celle dont toute la célébrité se résume, avant l'ère chrétienne, clans les noms à demi légendaires de Moïse, Josué, David et Salomon. En fait, elle lui devrait toute la vie intellectuelle qui l'a animée pendant les dix ou douze siècles qui séparent l'invasion des Barbares de la Renaissance. Il faut bien convenir qu'à première vue les choses apparaissent ainsi, et nous sommes si bien habitués à les considérer sous cet aspect que toute assertion contraire semble à ceux-là un blasphème, à d'autres une hérésie historique. Quelle que soit la force d'un préjugé à l'égard duquel, clans notre siècle, pomtant si porté au doute, la gravité dogmatique de Bossuet paraît avoir eu raison de l'ironie plus spirituelle que solide de Voltaire, je n'hésiterai pas à affirmee d'abord, sauf à le démontrer ensuite, que presque tout ce qui constitue le fond de l'originalité du christianisme est de source aryenne. Toute la partie de ma thèse qui concerne la morale proprement dite a déjà été traitée <lemain de maître et d'une manière définitive par M. Ernest Ravet dans les premiers volumes de son 1-Iistofre des m·igines du christianisme. Il a fait voir avec une telle force de logique et une telle abondance de preuves l'étroitesse des rapports qui relient l'éthique des Évangiles avec celle de la philosophie grecque, qu'il est inutile d'y revenir. Le sermon sur la montagne, dans ce qu'il a de plus humain et de plu~ pratique, avait été dans
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