La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES TROIS-HUIT ET LA THÉOR[E DU TRAVAIL INTENSIF 707 Loin de nous la.pensée de mettre en doute la bonne foi et le dévouement démocratique de lVI.Delahaye; mais, sans toucher en rien à son mérite, nous croyons de notre devoir de relever un point de son argumentation qui nous paraît défectueux. Cette argumentation repose sur une comparaison de la valeur vénale d'un même produit, dans des pays où la journée de travail diffère de durée. Il en résulte que, si la journée de l'ouvrier est moins longue, et que sa production se chiffre par une somme supérieure, on doit conclure que l'ouvrier a compensé et au delà, par une intensité plus gr::inde, le temps qu'il a consacré en moins à son travail. La théorie de la réduction se trouve alors naturellement confirmée. Partant de là, M. Delahaye nous fait voir qu'un ouvrier américain, travaillant trois heures de moins par jour, produit trois fois plus qu'un ouvrier français, et il établit comme preuve le tableau suivant: Ateliers. Nombre d'heures de trn vai l pal' jour. Anciens ét,ablissements Cail. ........... . Société générale des téléphones ........ . Ateliers du MassachnseUs .............. . Ateliers de :New-Jersey ................ . 12 heures. 10 9 8 1/2 Pl'orl uction moyenne par pel'SOllllC et pa,· an. 4,000 francs. .'i,695 9, l36 13,505 D'un coup d'œil on constate que la valeur de la production croît dans des proportions extraordinaires, au fur et à mesure que-décroît le temps de travail. La première réilexion qui se présente à l'esprit, c'est qu'en Amérique la question ouvrière est résolue; puis, on en arrive à se demander par quelle espèce d'aberration mentale les -rapports entre patrons et ouvriers sont tout aussi tendus dans le nouveau monde que dans l'ancien. C'est, selon toute vraisemblance, que, pour mettre fin à la discorde, il faut autre chose encore que la réduction de la journée. Les chiffres qu'on nous a présentés, pour être artistement groupés, ne prouYent, selon nous, que· l'ingéniosité de l'auteur et son désir fort honorable de faire partager ses convictions. Ces chiffres ne prouvent rien de plus, par la raison qu'une comparaison, pour être exacte, doit être faite entre des choses ayant une complète identité de nature. Or, pour nous en tenir à ce que nous connaissons personnellement, cette identité de nature n'existe pas entre les anciens établissements Cail et la Société des téléphones. Les établissements Cail, à l'époque indiquée, faisaient de la grosse construction mécanique, avec un outillage que l'auteur lui-même qualifie de défectueux. •

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