La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

706 L.\ RE\TE SOCIALISTE menté dans <le·plus fortes proportions que partout ailleurs, et pourtanl la journée est toujours aussi longue. Vous pourrez en conclure <rue les ouvriers anglais et américains sont plus heureux que les onuiers frarn;ais; nous le leur souhaitons de bon cœur, mais nous arnns c1uel<1u<'peine à le croirr. Kous le croyons d'autant moins 11u'ilest une chose <1uidomine d'une manière immuable le mon<lr in<lu:-;triel, c'est la loi d'airain des salairrs, qui passe son ni,·eau partout où règne Je régime capitaliste. Là où il y a salaria t, il y a forcément sujétion du salarié, et c'est une médiocre con solation que de s'en tcnil' à me urer le plus ou moins <le longueu r de la chaine crui rive le traYail aux exigences du capital. Insislons SUL'un point, c'est que notre critique ne s'adresse pas à la réforme en clic-même; nous trou ,·ons seulement qu'elle n 'est pas présentée de façon à conduire au résultat cherché; nous trom·ons même <1u'clleser::iit insuffi ante et à peu pL'ès illusoire si on ne la modifie pas, et nous allons en donner la preuve en examin ant son application dans notre milieu indu-;triel. ous ne devons pas perdre de vue qu'aux yeux de ses promote urs la réforme projetée ne Yise, en aucune façon, la possession aujonrclï1ui lé~ale du capital sur les instruments de travail; il ne s'agit de rien autre chose que d'une réduction des heures cle travail, e t il n'est nullement question dans les pétitions ouvrières, pas plus q ue dans les projets de réglementation déposés à la Chambre des dép utés, de porter la plus petite atteinte aux lois qui régissent la prop riét~ du sol, des matières prcmii,res et Je l'outillage. Tout se résume en une loi de protection réduisant la journée, loi qui a la prétention de satisfail'e tout le monde, les capitalistes aussi bien que les onv 1·icrs. On comprend que nous allons toucher au point le plus déli cat et le plus intéressant de notre étude, et que cette conception, qu i semble étrange, de donner, du même coup et par un procédé uniq ue, plus de loisir au travailleur et plus de profit au patron, mérite un e minutieuse analyse. Il n'est pas inutile de connaître l'historique de l'idée et de savoir comment elle s'est produite chez nous. Quoique la réduction de la journée fût, depuis longtemps déjà, une dçs principales revendications inscrites dans les prog rammes ouvriers, c'est, croyons-nous, l\I. Delahaye c1uiréunit les do cuments statistiques formant, pour ainsi dire, la base expérimentale <lesétudes qui furent faites ultérieurement sur cc sujet. C'est lui qui rédigea la déposition de la Société professionnelle des ouHiers méca niciens, lors de l'enquête parlementaire sur l'industrie et l'agricultur e, dont le rapport figure au Joui-nal o{(tciel du 19 avril 188'1. La thèse qu'il soutint présentait tous les caractèt'es d'une si parfaite logique qu'elle ac11uitsans peine de nombreuses adhésions.

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