La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES THOIS-HUIT ET LA THÉORIE DU TRAVAIL INTENSIP 705 tarif, il n'y a qu'un pas, qui est rapidement fait, et c'est ainsi que le travail aux pièces en arrive à de,·enir avantageux pour le patron seulement. Remarquons que celui-ci trouYe des auxiliaires parmi les ouvriers qui font ce qu'on appelle du marchandage, aussi hien que parmi les ouvrier hesogneux, qui ne manquent pas de le solliciter, aimant mieux gagner moins que de ne rien gagner du tout. Qu'il y ait là une odieuse exploitation, nous sommes loin d'y contredire; mais nous nous en tenons à la preuve qu'il s'agissait de trouver, à savoir: que la possibilité de mettre en pratique la théorie de l'intensité est bien réelle et que le principe .est suffisamment démontré, quoiqu'on en fasse aujourd'hui une application défectueuse et immorale. Examinons maintenant comment on espère la corriger, et comment la réglementation demandée pourra nous conduire à une augmentation de salaires et à un accroissement de production. Restons toujours sur le terrain économique actuel, dont le changement n'est pas demandé et n'est même pas mis en question. A en juger par la loi de l'offre et de la demande qu'on semble admettre comme régulateur suprême, une diminution d'un quart, d'un tiers ou même de moitié clans le temps de travail nécessitera l'embauchage supplémentaire d'un tiers, d'un quart ou de moitié d'ouvriers en plus de ceux qui sont actuellement employés. Or, la demande devenant plus suivie, la marchanclise-fravail deviendra plus chère; c'est le jeu de bascule bien connu, et sur ce point économistes et intens-istes sont du même avis. Mais ici les choses ne laissent pas que de s'embrouiller singulièrement, car la théorie de l'intensité nous a démontré que pour obtenir une égale production il n'est pas besoin d'embauchage supplémentaire, l'intensité ~uffit. Comment alors sortirez-vous de cette impasse? Si vous n'embau• chez pas plus d'ouvriers, la loi de l'offre et de la demande ne pourra accomplir son fameux jeu de bascule, et les salaires n'auront alors aucune raison de monter. Il est vrai que cette objection n'en est pas une pour les passionnés, et ils répondent: Les ouvriers anglais et américains, depuis un demi-siècle, ont obtenu des réductions notables dans le temps de travail, et cependant, depuis un demi-siècle, les salaires ont toujours été en augmentant. Le fait est indéniable; mais il faudrait nous faire voir qu'il n'y a pas là une coïncidence due à des causes entièrement indépendantes de la réduction de la journée. Les preuves qu'on nous donne sont loin d'être convaincantes; en Francf' a,u~si le salaire a augmenté depuis un demi-siècle; il a même, pour certaines industries, aug-

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