La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

704 L.\ RE\'UE SOCI.\LISTE réduisant la journée à huit heures . ufÎLsait pour réali. er les promesses alléchantes qui nous . ont faites, la que. tion économique serait notablement aYancée. Cc ne serait pas, sans doute, la solution intégrale dr la question sociale, telle que l'entendent les écoles sociali tes ba5ée:; ~ur un collectivisme plus ou moins complet; mais cc serait certainement une espèce d'armi. tice, qui permettrait de préparer des progrès ultérieurs, sans être retnrdé par l'état clc lutte sut'aiguë et d'antagonisme violent qui règne entre patrons et ouniers. Pl'Océdons par ordre clans notre analyse, et commençons pat· chercher comment, aujourd'hui, on met en pratique la théorie de l'intensité; car, pour que cette théorie ait pu se produire et donner lieu aux conclusions que nous avon rapportées, il faut néce. airement c1u'elle puisse s'appuyer sur des faits connus et facilement vérifiables. Comment une diminution clans le temps de tt-avail peut-elle être opérée sans aYoir d'effet nuisible sur la somme de production? Xou. en trouvons la vérification dans ce qu'on appelle le travail au·.c pièces. Quiconque est un tant soit peu initié aux agissements industriels sait parfaitement ceci: si un ouvrier travaillant à la journée, dans des conditions ordinaires, touche un salaire que nous représenterons par le coeff1cient 2 (bien entendu, cc coefficient peut tout aussi bien être 2 francs que 20 francs, le chiffre ici ne fait rien à l'affaire), dès que cet ouvrier est mis aux pièces, et il le désire toujours lorsque la nature du travail le permet, on voit alors le coefficient cle son salaire monter à 2 l/4., 2 1/2, 3, etc.; en d'autres termes, les circonstances aidant, il peut, dans le même temps, arriver à augmenter considérablement son salaire. Dans ce cas, il y a avantage d'abord pour le patron, qui se délivre ain. i des tracas d'une surveillance difficile et ennuyeuse, ensuite pour l'ouVi'ier, qui bénéficie du surcroit de travail <1u'ila développé. C'est, de part et d'autre, une co1ubinaison essentiellement individualiste, mais c'est parfaitement humain et, dans notre société, on sait qu'il n'est guère facile de trouver d'autre impulsion motrice. Ceux qui vont au fond des choc;es savent très bien que l'ounier, dans la plupart des cas, ne trouve dans le traYail aux pièces qu'un avantage éphémère. Le patron qui paye compte ce qu'il débourse, et il ne tarde pas à s'apercevoir que son ouvrier gagne beaucoup plus que précédemment. Tenir compte du supplément d'elîorts serait une idée qui paraîtrait absurde à tout employeur, puisqu'il prétend acheter toute la force de travail que son ouvrier est capable cle développer dans sa journée. De là à imposer des réductions de

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