LES TROIS-HUIT ET LA THÉORIE DU TRAVAIL INTENSIF 70~ nous paraît plus obscur encore, c'est la possibilité de combiner cette théorie avec l'organisation actuelle de notre système économique. Il ne suffit pas toujours de présenter une idée féconde, il faut en même temps, pour la faire admettre, donner les moyens de l'appliquer. ~ous savons tous qu'il serait tout simple de diriger les ballons, si nous avions en main un moteur très léger qui pût se reconstituer constamment sans déperdition; c'est facile à dire, mais ce qui est plus difficile, c'est de trouver le moteur. L'idée foncière de la réduction de la journée est, nous en convenons, d'une moralité parfaite. Nous ne pouvons qu'applaudir lorsqu'on nous explique que, pour obtenir d'un homme de force moyenne le maximum de travail dans le minimum de temps sans altérer sa santé et sans abréger son existence, la durée de ce travail ne doit, dans aucun cas, dépasser huit heures sur vingtquatre, avec une journée de repos complet tous les six jours. Nous pouvons être convaincu du principe, seulement i! nous est permis de demander si le terrain est bien préparé pour asseoir cette réforme. Quant à nous, nous croyons fermement qu'il faudrnit au préalable changer du tout au tout les relations qui existent aujourd'hui entre le capital et le travail, et faire en sorte que l'un ne fùt pas pieds et poings liés à l'entière discrétion de l'autre. C'est par là, à notre avis, qu'il faudrait commencer. Il e~t bien facile de comprendre qu'aussi longtemps que le travail sera considéré comme une marchandise et que le temps servira de mesure à cette marchandise, les employeurs prétendront que leur donner moins de temps équivaut à leur donner moins de mal'chandise-travail pour la même somme; que, par suite, leurs frais de production seront accrus dans la même proportion et qu'ils se trouveront en perte. C'est pour répondre à cette éternelle objection que l'on a pensé à mettre en avant l'argument de l'intensité. On a même poussé, selon nous, cett~ doctrine jusqu'à l'exagération; car il s'est trouvé des fanatiques pour affirmer que la réduction de la journée à huit heures se traduira : 1 ° par une augmentation de salaires, et conséquemment par une augmentation dans la consommation; 2° par une augmentation de production, et conséquemment encore par un supplément de profits pour le capitaliste. On voit d'ici la divergence d'appréciations : là où les économistes trouvent qu'il y a spoliation, les intensistes trouvent qu'il y a progrès. Essayons de nous rendre compte qui a raison, qui a tort, et examinons surtout si, de part et d'autre,. les adversaires ne sont pas à côté de la vérité. Il est a p1·iori évident que, si une simple loi
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