La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

ü94 LA'. RE\'UE SOCIALISTE pain des frères, des sœurs plus jeunes, quelquefois celui des parents impotents en dépend! Il y a en plus ceci d'horrible pour la plupart des ouvrières, que leUI' traYail, même si chèrement acheté, ne peut les nourrir. Que généralement la femme ouvrière ne puisse pas vivre de son travail, c'est un fait tellement hors de doute que tous les économistes qui ont traité du salaire le reconnaissent et le proclament; Villermé, Eugène Buret, Adolphe Blanqui le constataient il y a un demi siècle avec une généreuse indignation. De nos jours Paul Leroy-Beaulieu (Le lrnvciil cles {emmcs ClH XIX 6 siède) et Jules Simon (l'Otivrière) doivent aussi en convenir et ils citent des faits navrants. A quoi bon <l'ailleurs tant <lepreuves? Peu nomhreux sont maintenant ceux qui ne reconnaissent pas l'insuffisance <les. alaires masculins. Or les salaires des femmes oscillent entre les· deux cinquièmes et la moitié des salaires des hommes; la funèbre conclusion est d'autant plus affligeante que clans le monde industriel le nombre des femmes (filles non mariées ou veuves) <1uidoiYent. vivre de leur travail s'élèverait, d'après Élisée Reclus, au i0 0/0 de la population féminine (1). (JJ La différence des salaires au détriment des femmes est en France de la moitié au moin::;; en Rm,sic le salaire fémi11iu ne serait que le cinquième du salaire mas\'ulin. Pour les autres pays \'Oici quelques chiffres publiés par l'économiste américain Ch.•\\'. Elliot dans Xorth american Reciew. Le dollrlr Yaut cnl'iron 5 francs, et le cent environ 5 centimes. dollars cents _.._Kcumits (Prusse), les blanchisseurs gagnent par semaine . 3 12 les blanchisseuse::; 1 41 les tisseurs 4 32 les tisséuses . 1,41 à 1 92 dans les étoffes damassées, les hommes gagnent par semaine . . . . . . . . . . . . . . :J,24 à 3 GO sous les mêmes conditions les femmes gagnent par semaine. . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 98 les hommes maçons gagnent par semaine. . . . 3 60 les femmes aides-maçons (en général de la Bohéme) gagnent. par semaine . . . . . . . . 2 88 En Italie, à Gênes, l'ou,-rier gagne en moyenne par jour . . . . . . 36 l'oul'ricrc (l'un et l'autre sans être nourris) gagnent en moyenne par jour. . . . . . . . . . 18 A Huddcrsf1cld, les tisseurs gagnent par semaine ....... 5,80 à 9 68 les tisseuses . . . . . . . 3,63 à 4 64 On le \'Oit, la différence au détriment des femmes est de plus de moitié. Notez qu'il n'est ici question que de mo,l'eunes et l'on sait ce que les moyennes voilent de criantes iniquités, de déchirantes misères. Le congrès ouvrier de 1876 élablissait qu'un grand nombre de coutul'icrcs ne gagnent pas à Paris plus d'un franc par jour. Leroy-Beaulieu parle de 120,000 ouvrières em·iron <lu centre de la France qui gagnent moins de 50 centimes par jour, et !'Amé·

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==