La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION FA~HLIALE ET LE SOCI:\LIS~IE .68ti purifiants hommages; ce sont les coui·s cl'am,ow· et les jeux (loi'ciux qui fondèrent, le culte de l'amour sur l'adoration chevaleresque de la _femme qui annoncèrent et préparèrent ses futurs triomphes. A ce sujet, nous devons noter une curieuse revanche. Les Hellènes, con- . tempteurs de l'épouse et de l'amante, avaient exclu les femmes de . l'amour idéal; les troubadours, les clames des cours d'amoui· déclarèrent l'amour et le mariage incompatibles (1). Que les tyranneaux de famille ne se hâtent pas de crier au dévergondage, rien de plus moralisant, dans la plus haute acception du mot, que l'amour chevaleresque, puissant inspirateur du génie, pénétrant adoucisseur des âmes. « Qui s'étonnerait, dit Bernard de Ventadour, que je chante mieux que nul autre, j'aime tant... ffy a des hommes qui, s'il lenr vient quelque bonne aventure, en sont plus orgueilleux et plus sauvages; moi, quand Dieu m'envoie un regard de ma clame, je me sens encore plus de tendresse pour ceux que j'aimais déjà! ... » L'amour était encore une source <l'héroïsme. « Quels prodiges j'accomplirais, s'écrie Guillaume de Saint-Dizier, si elle m'accordait seulement un des cheveux qui tombent sur son .manteau, ou un des fils qui composent son gant!. .. >> « J'étais un pauvre chevalier, dit Raimbaud de Vaqueiras, et je suis un riche seigneur, nous avons conquis le royaume de Thessalonique, mais je me sentais bien plus puissant, quand j'aimais et que j'étais aimé. >) Ainsi l'empire de l'amante divinisée embrassait la vie tout entière. Juges des actions de leurs amis, arbitres de leurs pensées, consolatrices, conseillères, les femmes des cours d'amour semblaient des procédés dont on usait envers les femmes, en ces tristes t,emps du moyen âge. (1) Question posée à la Cour d'amour, présidée par la comtesse de Champagne. , Le véritable amour peut-il exister entre personnes mariées ? Réponse:" Nous disons et assurons par la teneurdccesprP-sentes que l'amour ne peut étendre ses droits sur les personnes mariées. En effet, les amants s'accordent tout naturellement et gratuitement, tandis que les époux sont tenus par devoir de subir réciproquement leurs volontés et de ne se rien refuser les uns aux autres. « Que ce jugement que nous avons rendu avec une extrême prudence et <l'a- .près l'a,·is d'un grand nombre d'autres dames soit pour rnus d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé l'an de grâce 117,1,le troisième jour des Calendes de mai, indiction septième. La jurisprudence de la Cour d'amour de Champagne faisait loi dans les cours d'amour que présidaient les dames de Gascogne, la vicomtesse de Narbonne, la comtesse de Flandre et la reine Eléonore. » Les troubadours et chevaliers dignes èle ce nom furent toujours . unanimes là-desc;us. Quelle plus violente satire de l'asservissement matrimonial des femmes·!

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