La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

C8G LA RE\"UE SOCIALISTE Yraiment, alors, les créatrices de l'homme. Le troubadour appelle sa dame nion seigneur (1). Les illustres exemples de cet amour glorieux et infini ne manquèrent pas; amour d'Iléloïse pom Abélard, <luDante pour Béatrice, de Pétrarque pour Laure de Sade, <lu chevalier Bayard pour l\lm•<leFluxas, de Marianna Alcaforada pour le marquis de Chamilly, de :r-.1 11 • d'Espinasse pour de Guibert. L'amour glorifié, cc fut l'asserYissement des femmes en tout. On le vit après le seizième siècle par l'entrée des femmes dans les salons <lela« bonne compagnie » en sui.te du succès de l'Astrée, d'Llonoré d'Urfé, et des imitateurs qui s'en inspirèrent, par le rayonnement de l'académie féminine de Rambouillet dont Molière, très malheureusement, ne rcl~Ya que les défauts dans ses Pi·écieuses ridicules. Mais pendant que la noblesse s'affinait, la bourgeoisie s'élevait en richesse et en puissance. Son rigorisme étroit et son réalisme égoïste étant donnés, ses progrès eurent pour conséquence, dans l'ordre familial, le resserrement des liens du mariage quiritaire, fondé sur l'abaissement de la femme. Pour les philosophes influents de la classe montante, la nécessité de la subordination féminine ne foisait pas de doute. Les plus généreux croyaient donner beaucoup au sexe faible en lui accorJant le droit de plaire à l'homme (2). Voltaire ne s'occupa de la femme que pour maudire son inconstance à l'occasion de la trahison de la savante E111ilie. Diderot qui pourtant fut digne du noble amour de 1\1 110 Voland et aurait dû s'en inspirer mieux, ne sut guère que préconiser la liberté amoureuse (3). Grandes espérances lorsqu'éclata la Révolution. Les femmes héroïnes du 6 octobre participent à toutes les grandes journées, elles ont pour porte-paroles de leur sexe, Mm•Roland, Téroigne de Méricourt, Olympe de Gouge, qui toutes auront une destinée tragique; elles ont pour défenseurs les meilleurs des Girondins : Condorcet, Claude Fauchet, Vergniaud, Buzot et le plus impénétrable des Jacobins: Saint-Just. 11 eût fallu da,·antage pour résister an bour- (1) E. LF.Gouvi::, I-Iistoi,,e morale des femmes. (2) " La nature qui a distingué les hommes par la force et par la raison, n'a mis à !cul' pouvoir d'autre terme que celui de cette raison ou de cette force. Elle a donné aux femmes des agréments, et a Youlu que ~eur ascendant finit aYcc ces agréments ». (MoN-rcsQurnu, Esp,·it des Lois.) C'est la théorie de l'infaillibilité du pape appliquée au mari. « La femme est faite spécialement pour plaire à l'homme; si l'homme doit lui plaire à son tour, c'est d'une nécessité moins directe, son mérite est dans sa puii;sance; il plaît par cela seul qu'il est fort.» (J.-J. Rou SSE,\U; Emile, liv. Y.) (3) DwrnoT, Jacques le fataliste; .Supplément au voyar1e de Bouaainville.

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