La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

G84 LA RE\'UE SOCIALISTE féodal, qui faisait avant tout reposer le vasselage sul' la personne. Les jeunes gens payaient de leur corps en allant à la guerre, les jeunes füles en allant à l'autel; et quelques seigneurs ne croyaient pas plus mal faire de lever une dîme sur la beauté des jeunes fiancées que de demander moitié de la laine de chaque troupeau. Leurs vassales étaient leur chose (1). Conclusion. - Pas plus dans le moyen âge que dans l'antiquité, 'affranchissement des femmes ne vint du mariage. C'est de la profondeur des sentiments affectifs qu'à treize siècles de distance et dans deux civilisations différentes il faut chercher la première protestation en faveur de la femme asservie. Et la coïncidence est assez curieuse pour être relevée. Comme il en avait été chez les Romains du 11• siècle de Rome, chez les barbares du v11• siècle de l'ère chrétienne, l'amour paternel protesta en faveur de la femme exclue de l'hérédité. La fo1·m,ule de Marculfe contre l'exhérédation des filles est le noble pendant de l'acte d'Asellus cité plus haut. l\Ialheureusement nous devons ajouter que si la formule de Marculfe marque une généreuse tendance, elle resta à peu près lettre morte, devant l'inique et régressive loi féodale du droit d'ainesse. C'est à l'idéalisation de l'amour que la femme déclarée battable à merci par Beaumanoir (2), dut ses premières couronnes de purs et (1) L,wouvi'.:, lac. cit. (2) Voici cette formule, dans son texte touchant, d'après la tra<lucLion de LegouYé. A ma douce fille, Il règne parmi nous une coutume aneicooc, mais impie, qui défend aux sœurs de partager aYcc leurs frères l'héritage paternel; mais moi songeant à cette iniquité, vous aimant tous également, puisque Dieu vous a tous également donnés à moi comme mes enfants, je veux qu'après ma mort vous jouissiez tous également de ma fortune. Ainsi, et par cet écrit, ma chére fille, je t'institue ma légitime héritiè1·c, et te donne dans toute ma succession part égale avec tes frères, mes fils; Je veux qu'aprcs ma mort, tu partages avec eux et !'alleu paternel, et les acquêts, et les esclaves, et les meubles, et qu'en aucune façon tu n'aies une part moindre que la leur et maudit soit celui qui rnudrait porter atteinte à mon testament. Dans la célèbre lettre à un ami, qui nous a valu l'immortelle correspondance d'Héloïse, Abélard relate que le chanoine Fulbert en l'acceptant comme professeur d'Héloïse, lui avait bien recommandé " de ne pas craindre de la châtier » quand il la trouverait en faute, cc dont le professeur dut tenfr compte. « Pour mieux éloigner les soupçons, dit-il, j"allais jusqu'à la frapper, coups « donnés par l'amour, non par la colère; par la tendresse, non par la haine, « et plus doux que les baumes. " Notons bien quo cette Héloïse, que son précepteur devait battre pour oc pas être soupçonné, était la femme la plus célèbre de son temps par son savoir et ses talents. Est-il rien de plus probant pour démontrer la brutalité et l'opprobre

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