L'EVOLUTION FAMILIALE ET LE SOCIALIS~IE 683 . L'épow;e hellénique idéale se personnifia clans la fidèle Pénélope, gourmandée à tout propos, en l'absence d'Ulysse, par son jeune fils Télémaque, l'épouse romaine, selon le cœur patricien, « restait à la ma•ison et filait de la laine >>; l'épouse gauloise sublime fut la glorieuse l1ér:oîned'amour et de dévouement qui a son nom Eponine. On se complut dans la mythologie germano-scandinave à saluer la dignité de la femme, à admirer <lans la niûle vie1·9e, I-Ialgercla qui tua l'époux qu'on lui avait imposé, dans la fière Brunehilde <les Niebelungen, qui ne se lin-a à son époux Gunther que lorsque celuici, d'abord vaincu et moqué pnr elle, l'eût finalement terrassée. Le type de l'épouse chl'istiano-féoclale fut consacré par la légende de la patiente Griseli<lis, épouse du comte de Saluces, qui accepta sans murmures tous les opprobres, tous les mauvais traitements qui lui vineent de son mari. Il la fit abreu\·er d'insultes par une rivale, Griseliclis s'humilia ; elle resta douce et obéissante, quand le harbare lui enle\·a ses enfants, soit disant pour les égorger. On ne pouvait pousser la servile abnégation plus loin. Si telle était la poésie, s'écrie Elie Reclus, quelle devait donc être la réalité!« Pour rappeler cette réalité, dil'ons-nous comment de jeunes barons, inopinément, expédiaient leur mère ·à tel ou tel, auquel ils en faisaient cadeau pour épouse? Dirons-nous les coups de pied dont, en plusieurs cantons, on gratifiait officiellement la nouvelle épousée, les soufflets que lui administraient beau-père et belle-mère? Quand le grand-duc de Moscovie mariait sa fille, il la remettait entre les mains du futur époux, auquel il passait certain knout à tresses de cuir: « Mon gendre, à ton tour! » Le knout, instrument grossier, fut, avec le progrès des belles manières, remplacé par un fouet à. manche sculpté, avec des cordes en soie rouge, que les gentilshommes déposaient délicatement dans les corbeilles de leurs promises. « Femme mariée n'a ni vouloir ni noloir, » est-il dit en l'article 10 de la coutume d'Arras. Oyez maintenant ceci: « Tout seigneur pourra contraindre sa vassale à prendre le mari qu'elle Youdra dès qu'elle aura douze ans accomplis. » Qu'en dites-Yous, apologistes, du moyen âge? « Une enfant de douze· ans! commente Ernest LegouYé (1), quelles malédictions seraient aussi accablantes qu'un tel chiffre l << Restait cependant pour la jeune fille une servitude plus affreuse encore, c'est le droit de m,arquelte ou le droit du seigneur. En vain les défenseurs du passé nient-ils ce privilège comme une fable, ou l'expliquent-ils comme un pur symbole, le grave du Cange et Bœtius !'.établissent comme un fait clans des taxes qu'il suffit de citer. « Ce_ n'était là, du reste, qu'une conséquence forcée de tout le système (1) Histoire nw,·ale des femmes.
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